La classe du directeur, la classe Yin ou Yang, c’est selon. 

Depuis tout temps, les élèves qui sont dans la classe de la directrice ou du directeur se doivent d’apprendre rapidement toute une série de consignes, de postures et de réflexes. 

Il n’est pas un jour en effet où les 45 500 directrices ou directeurs ne sont pas dérangés par le téléphone, un collègue, un employé municipal, un parent, un élève d’une autre classe…

Nos élèves le savent, ils se taisent donc, écoutent avec attention l’enfant ou l’adulte qui entre dans la classe, entendent la conversation téléphonique sans véritablement écouter. 

Dès que nous quittons la classe pour régler un problème à l’extérieur, le délégué de la classe prend alors place devant le tableau et va nous remplacer ; il va surveiller les élèves, indiquer à ceux qui lèvent la main les bonnes réponses ou les bons gestes, répondre au téléphone si nous avons été appelés à régler un problème ailleurs en disant d’une voix polie : « Bonjour, vous êtes à l’école …., la directrice (ou le directeur) est en train de régler un problème dans l’école, pouvez-vous rappeler ultérieurement ? Merci. »

Les masques sont restés quant à eux parfaitement mis sur le visage de chacun des élèves, nez compris, tout au long de notre absence. 

Quand nous raccrochons le combiné ou quand nous finissons la conversation en dehors de la salle et que nous revenons, nos élèves ont travaillé, bien avancé dans le travail et s’ils avaient terminé, ils ont pris des livres ou des activités en autonomie mis en accès libre dans notre classe pour les instants où nous sommes donc dérangés. Car avec toute notre expérience, nous savons parfaitement que nous serons dérangés.

Cela est la version parfaite de la classe de la directrice ou du directeur. Nous pourrons alors reprendre directement à l’endroit où nous avons été interrompu notre séquence avec des élèves réactifs à la reprise.

Il existe cependant la version inverse, celle où à chaque irruption ou à chaque appel téléphonique, les bavardages s’intensifient, les élèves arrêtent d’écrire, de réfléchir, de travailler… 

Si nous quittons la classe pour aller régler la demande extérieure, ils se lèvent, gesticulent, vont parler à haute voix du dernier TikTok, vont faire des mimiques nous imitant devant le tableau, enlèvent les masques et bien d’autres choses comme des glissades sur le parquet ciré…

Lors de notre retour en classe, nous retrouvons parfois des avions en papier au milieu de la salle, un élève assis à notre place qui fait le zouave, des exercices qui n’ont pas avancé d’une seule réponse ou d’un seul calcul, un brouhaha… Bref un bazar.

La reprise de notre séquence sera ratée, nous ne savons même plus d’ailleurs où nous en étions arrêtés avant l’interruption, vos élèves non plus d’ailleurs.

Le Yin et le Yang. Le Covid depuis deux semaines a choisi son camp, il préfère la version 2. 

Et vous, votre curseur est où ?

Sur une idée de PhilouAG, Thierry PAJOT.