Le Syndicat des Directrices et Directeurs d’École a interrogé en décembre dernier les candidats à la magistrature suprême en avril prochain. Nous leur avons demandé quel était leur programme pour l’école et en particulier pour notre quotidien dans nos écoles.

2 candidats, Raki SMATI et Nathalie ARTHAUD, ont répondu en ce début de semaine et, comme prévu, nous publions ici, in extenso et sans aucun commentaire, les publications reçues de leur part sur notre email syndical.

Rafik SMATI pour “Objectif France“, réponse reçue le 23 janvier 2022 :

PROJET ECOLE PRIMAIRE de OBJECTIF FRANCE

Selon le ministère de l’Education nationale, la France a consacré 154,6 Md€ à son système éducatif en 2017, soit 6,7 % du PIB. Entre 1980 et 2015, la dépense intérieure d’éducation (DIE) a crû en euros constants légèrement plus vite que le PIB (+ 1,9 % contre + 1,8 % en moyenne annuelle). Si la France consacre davantage que la moyenne de l’Union européenne à l’Education, l’enseignement primaire est nettement sous-doté en France (7 400 dollars par élève et par an contre 8 700 dollars en moyenne au sein des pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), chiffres 2014). 

Du côté des résultats, les chiffres sont inquiétants d’année en année, et ce, quel(le)s que soient les enquêtes ou « thermomètres ». En 2007 déjà, le rapport du Haut conseil de l’Education (HCE) remis au président de la République mentionnait que « Chaque année, quatre écoliers sur dix, soit environ 300 000 élèves, sortent du CM2 avec de graves lacunes ». Plus près de nous, le classement PISA de 2015 place la France au 27e rang en sciences, au 20e rang en compréhension de l’écrit et en 26e rang en mathématiques, tout juste dans la moyenne de l’OCDE. Pire, notre système éducatif ne parvient pas à atténuer les inégalités sociales. Selon un rapport de l’OCDE de 2018, l’écart de résultats scolaires entre les enfants de milieu aisé et ceux de familles modestes est visible dès l’âge de dix ans et apparaît beaucoup plus marqué en France que dans les autres pays développés.

Le système éducatif doit ainsi assurer la transmission de valeurs et principes communs d’autant plus puissants que les individus proviennent, de plus en plus, de cultures différentes ; doit permettre à  un maximum de citoyens de choisir et non subir leur destin (l’escalier social) ; et enfin doit donner à  l’ensemble de la population les compétences pour s’insérer à  terme sur le marché du travail, à  commencer par les compétences de base qui sont l’apanage, pour l’essentiel, de l’école primaire. Or, au regard de ces enjeux, l’évolution est inquiétante.

Sur la valorisation de notre modèle national, force est de constater que notre Education a longtemps été anationale, valorisant davantage « la diversité » que ce qui fonde notre unité. Un effort constant et homogène reste à mener sur ce sujet, surtout face au développement d’une contre-culture, d’un islam politique qui conteste les fondements de notre contrat social. Il faut mieux valoriser nos principes et valeurs afin que notre société soit perçue comme plus attractive que tous les modèles alternatifs qu’on peut proposer à nos enfants. Il s’agit de redonner « envie de France », de « gagner les cœurs et les esprits ».

Sur la promotion sociale, le constat est cinglant. Dans les années 60, moins de 20 % d’une classe d’âge détenait le baccalauréat. Aujourd’hui, près de 80 %, notamment grâce à la forte diversification des diplômes (baccalauréats techniques puis professionnels). Pour autant, la part des fils d’ouvriers et d’employés dans nos grandes écoles est passée de près de 30 % à moins de 10 %.

Enfin, en ce qui concerne les compétences de base, si les données manquent pour effectuer des comparaisons avec les années 60, l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI) estime que 7 % de la population adulte âgée de 18 à 65 ans ayant été scolarisée en France est en situation d’illettrisme aujourd’hui, soit 2 500 000 personnes en métropole. Au-delà de ce noyau, 22 % des adultes âgés de 16 à 65 ans ont un faible niveau de compétence dans le domaine de l’écrit et 28 % dans le domaine des chiffres, selon une enquête de l’OCDE publiée en 2013. Là encore, les résultats sont bien en-deçà de ceux de la plupart des autres pays développés.

Dans un pays marqué par un chômage de masse, le manque de maîtrise des fondamentaux scolaires contribue à une rigidification à la baisse du nombre de demandeurs d’emploi parallèlement à un recours plus fréquent à de la main-d’œuvre étrangère qualifiée. Sans maîtrise de ce socle de compétences de base, tous les efforts en matière de formation professionnelle resteront vains.

Valoriser notre modèle de société, faire revivre l’escalier social, garantir la maîtrise des savoirs de base : pour répondre à ces trois enjeux cardinaux, l’enseignement primaire est incontournable.

Synthèse en 8 points clés :

Nos propositions pour l’école primaire.

1 – Valoriser les rythmes scolaires qui correspondent le mieux aux rythmes biologiques et d’apprentissage des enfants, ce qui signifie étaler les horaires dans la semaine et réaménager l’organisation des vacances scolaires.

2 – Offrir aux écoles maternelles la capacité de proposer la date d’entrée des enfants en CP (entre 5 et 7 ans) en fonction de leur précocité, soit introduire de la souplesse sur la base de cycles dans les apprentissages.

3 – Permettre l’allégement des classes (création de groupes pour les apprentissages fondamentaux) dans toutes les écoles en fonction des difficultés rencontrées et promouvoir l’aide individualisée pour les enfants qui en ont effectivement besoin.

4 – Accorder aux écoles primaires la capacité de proposer le passage en 6e en fonction du niveau de maîtrise des savoirs fondamentaux (évaluation finale nationale en CM2).

5 – Donner plus d’autonomie aux écoles (gestion, recrutement et évaluation des professeurs, pédagogie) et de liberté de choix aux parents à travers un « chèque-éducation » permettant de choisir son établissement, public ou sous contrat avec l’Etat.

6 – Instaurer une tenue homogène pour les élèves dans toutes les écoles primaires publiques dans une logique d’égalité républicaine.

7 – Réaffecter l’allocation de rentrée scolaire des ménages aux écoles afin qu’elles pourvoient gratuitement à l’ensemble des fournitures de l’année aux élèves.

8 – Augmenter de 300 euros par mois le salaire net de l’ensemble des personnels enseignants de l’enseignement primaire. Il s’agit d’une mesure de justice vis-à-vis de la mission que remplissent les enseignants pour l’avenir de notre pays. Cette hausse inédite de la rémunération des enseignants permettra de renforcer l’attractivité du métier qui est aujourd’hui insuffisante, et de nous rapprocher de la moyenne européenne.


Nathalie ARTHAUD pour “Le Camp des Travailleurs“, reçu le 25 janvier 2022

Aux militants du syndicat des directrices et directeurs d’école – S2DÉ

      Dans le courrier que vous m’avez adressé, vous me faites part de la charge de travail des directeurs d’école qui ne cesse d’augmenter depuis des dizaines d’années. Je partage votre indignation quant à la situation des directrices et des directeurs d’école qui n’a cessé de se dégrader année après année. Et depuis près de deux ans, la succession des protocoles sanitaires comme l’absence d’embauches n’ont fait que l’aggraver.

      Comme vous, je dénonce la situation qui vous est faite et qui est à l’image de celle que vit l’ensemble du personnel des établissements scolaires et plus généralement l’ensemble du monde du travail.

      Ce dont souffre l’école, c’est avant tout du manque de moyens et de personnel : enseignants, personnel d’encadrement, mais aussi ATSEM, AESH, infirmières scolaires, médecins, animateurs, personnel de cantine et d’entretien, … C’est cela qui est à l’origine de la dégradation actuelle des conditions de travail pour les salariés et des conditions d’enseignement pour les élèves, avant ceux des milieux populaires.

      Alors que les enfants des  milieux intellectuels et des classes privilégiées baignent dans un monde culturel riche, rien ne prépare les enfants des classes populaires à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Les conditions pour les assimiler sont d’ailleurs souvent loin d’être réunies : le manque d’argent, les difficultés de logement, l’absence de temps et de disponibilité des adultes épuisés par une vie de labeur et, parfois, l’usage d’une langue maternelle qui n’est pas le français, sont autant d’obstacles qu’ils doivent dépasser.

      Les directrices, les directeurs, les professeurs des écoles qui connaissent assez bien les parents, les familles et leurs difficultés sont les premiers à mesurer tous ces obstacles. L’école, à elle seule, ne peut pas faire contrepoids à la misère. Pour cela, il faut changer la société de fond en comble. Mais ce qui est insupportable c’est que l’école ne réalise même pas le peu qu’elle pourrait faire : prendre en compte ces difficultés et, dès le primaire, accorder une attention plus grande aux élèves qui en ont le plus besoin parce que c’est souvent à partir de ce niveau que les blocages s’installent. Dans les quartiers populaires, les classes devraient être à effectif réduit pour que d’autres liens, des rapports de confiance puissent se nouer entre l’enseignant et les élèves. C’est le contraire qui se passe.

      Réserver la culture aux enfants de milieux aisés et le savoir-faire technique aux futurs exploités, cela fait partie de l’évolution réactionnaire de la société qu’il faut combattre. Car malgré tout, l’école reste ce que la société offre de mieux aux enfants des classes populaires, avant l’exploitation ou le chômage.

      C’est pourquoi il y a urgence d’embaucher massivement. Le récent rapport publié par Oxfam montre que, alors que l’école, à l’image de l’ensemble de la société s’est enfoncée dans la crise, une poignée de milliardaires qui possèdent les grands groupes capitalistes se sont enrichis. Alors que ni les écoles, ni les hôpitaux, ni les Ephad n’ont reçu de moyens supplémentaires pour faire face à la crise, une minorité d’actionnaires ont profité du « quoiqu’il en coûte » de Macron. 

      Avec les 58 milliards d’euros de profits du Cac 40 on pourrait créer 1,5 million d’emplois à 1800 €, charges comprises ou construire 18 000 écoles !

      Si je me présente à cette élection, c’est pour dire que les intérêts essentiels du monde du travail doivent passer avant ceux des grands groupes capitalistes. Ces intérêts essentiels sont simples : un travail pour tous, un salaire qui permette de vivre et de faire vivre dignement sa famille, un logement salubre, la possibilité de se soigner, de s’éduquer et d’avoir accès aux loisirs. Cela impliquerait que la population, les travailleurs puissent contrôler l’usage qui est fait des profits et du budget de l’État.

Avec toute ma solidarité,

Cordialement, Nathalie Arthaud