
Le #S2DÉ entame un travail de compilation de la réalité du quotidien des Directrices et Directeurs d’Ecole d’Application, les DEA.
Ce travail est la suite directe d’une demande de plusieurs DEA qui ont contacté le syndicat pour « être mis en relation avec d’autres DEA pour échanger avec un groupe élargi » ou « nous sommes 4 DEA dans mon département et je suis intéressée pour découvrir les missions des autres DEA en France ».
Jusqu’aux vacances de la Toussaint, nous proposons donc aux DEA de relater leurs journées, leurs missions…
Leurs témoignages nous permettront en novembre de faire remonter au ministère un état des lieux suivi de propositions concrètes pour améliorer leur quotidien.
Adresse pour recueillir les témoignages : 24heures6mois@s2de.fr
Résumé du témoignage d’A.
Directrice d’école d’application (DEA) depuis 4 ans en REP+, après plus de 20 ans comme PEMF, cette enseignante témoigne d’une charge de travail devenue excessive. Au-delà du pilotage pédagogique qu’elle apprécie, elle assure l’accueil des familles, gère le climat scolaire et multiplie les réunions avec les partenaires du REP+ (Cité éducative, collège). Elle participe aussi aux réunions mensuelles des DEA du département pour le plan de formation des PES, avec un suivi de stagiaires chronophage (visites, comptes rendus).
S’y ajoutent 60h d’intervention à l’INSPE, jugées ingérables, chaque TD de 2h nécessitant plus de 10h de préparation. Elle doit également monter un FIL (Fiche d’Initiative Locale) de 6h avec un intervenant externe, participer aux évaluations d’écoles et finaliser un projet Erasmus+ pour un déplacement avec 7 collègues.
Face à cet empilement de missions, elle a sollicité une décharge horaire ainsi qu’une formation MGEN sur l’équilibre vie professionnelle/vie personnelle. Elle constate que cet équilibre est aujourd’hui rompu et que la situation se dégrade plus largement pour la profession. Malgré sa détermination à tenir, la collègue exprime une réelle inquiétude face à son risque d’épuisement.
Témoignage de F.
« En Bretagne, j’ai été DEA pendant de nombreuses années. J’ai commencé la direction de l’école d’application avec 9 classes (50%) et des fonctions importantes en formation (50%). Progressivement, l’école est passée à une décharge complète au regard du nombre de classes, mais mes missions en formation n’ont pas diminué, elles ont peu à peu glissé vers des fonctions » ordinaires » de PEMF tout en me demandant des interventions nombreuses en formation (directeurs, maternelle ..).
Petit à petit, au fil du temps, les écoles d’application dans mon académie ont disparu par volonté départementale, seule la mienne, en REP+, est restée avec son statut. Au bout de quelques temps j’ai œuvré pour que l’école ne soit plus école d’application pour permettre une stabilité d’équipe. En effet les postes de PEMF n’ont presque plus été pourvus et, chaque année, 1/3 de l’équipe était nommée à titre provisoire, avec même l’arrivée d’une contractuelle nommée le jour de la rentrée en REP+, contractuelle pour qui l’année a été très difficile. Quand l’école a perdu ce statut, la dernière du département, j’ai continué les fonctions de PEMF mais y ai mis fin, fatiguée, frôlant le burn-out avec un travail à 133%, mes missions de direction (à 100%) n’étant absolument pas prises en compte et aménagées avec mes missions de formatrice (33%). »
Témoignage de N.
« Je suis DEA, probablement plus pour très longtemps … Nous sommes 12 DEA dans notre département, tous déchargés à 100% et nous pensons que le DASEN va déclasser nos écoles sous peu pour n’en garder qu’une ou deux. Cela fait 1 an et demi que nous avons eu connaissance de cette nouvelle, mais toujours aucune réponse pour savoir qui restera le ou les DEA. Difficile de se projeter dans ces conditions.
Aucune perspective pour l’année prochaine pour ceux qui ne resteraient pas DEA : si on veut garder notre poste de direction, nous perdons la charge de formation et reprenons une classe au prorata du nombre de classes de nos écoles, si nous voulons rester formateurs, il nous fait reprendre une classe à 75%.
Certains d’entre nous ont passé des entretiens pour devenir CPC, aucun n’a été pris malgré nos compétences, ont été privilégiés des jeunes gens avec CAFIPEMF dormant (donc aucune expérience de la formation) ou même sans CAFIPEMF… Certains nous ont même dit qu’ils ne seraient pas obligés de passer le CAFI tout de suite….
Nous avons créé un collectif DEA/PEMF car notre département a des façons de fonctionner qui nous questionnent, on nous parle beaucoup de la manière de fonctionner « à l’appréciation du recteur » :
- 33% de décharge PEMF pour tous les départements, 25% pour le 54, pourquoi ?
- Une indemnité de tutorat qui apparaît au journal officiel et qui n’est pas versée, pourquoi ?
- Une charge d’heures de formation et de tutorat égale pour les PEMF et les DEA (entre 220 et 260 H/an). alors que les DEA sont déchargés 100%, et que jusqu’ici ils assuraient chacun entre 600 et 700H. Cette année, certains PEMF ont 8 stagiaires + une constellation + une animation péda à faire seul(e), en plus de la classe et des stagiaires EPA, … beaucoup d’entre eux vont très mal. C’est intenable. L’année a commencé avec la démission du poste de formateur d’un grand nombre de PEMF qui ne voulaient cautionner cette réforme. Pour les DEA pour le moment, les charges sont tenables : 5 à 6 FS 2 ou 3 T1, 1 résidence, 1 constellation, 1 animation, participation aux AAPP, formation 72H des FS, modules CAFI, évaluations externes, jurys divers, etc …
- Fin des interventions à l’INSPE pour les DEA, (60h pour moi l’année passée), des modules très importants créés pet gérés par des DEA disparaissent donc : module maternelle, corps et voix de l’enseignant, portfolio professionnel avec analyse de pratique …. Tout est géré par des profs du 2nddegré…. Une réforme au détriment du 1er degré.
L’impression générale est la destruction des DEA, des formateurs et la non reconnaissance de leurs certifications, une dégradation notoire de la formation. »
Nous avons rencontré le DASEN, nous avons sollicité par courrier, courriel et rencontres présentielles et en visio notre ADASEN de nombreuses fois depuis 2 ans. Nous ne lâchons rien.
« Arrêtez de vous prendre pour ce que vous n’êtes pas, vous n’êtes en définitive que des professeurs des écoles. » dixit notre ADASEN.
Témoignage de M.
« Nous ne sommes plus que 2 DEA dans notre département de la couronne parisienne, 2 ! »
Témoignage de M.
« J’ai vu cette semaine un appel à témoignage concernant les DEA et les stagiaires. Je ne suis pas DEA, mais j’accueille tous les ans un ou deux PES.
La circo, soucieuse de mon bien-être, ne me propose pas d’être enseignante de proximité et donc je ne perçois pas l’indemnité afférente. Par contre, la charge de travail est loin d’être nulle. En tant que directrice, c’est spontanément vers moi que se tournent les stagiaires. C’est moi qui gère leurs difficultés de classe, leur problèmes de commandes, leurs inquiétudes face aux rencontres avec les parents, les retours des maîtres formateurs.
L’accueil des PES, c’est donc encore une nouvelle tâche assignée aux directeurs sans aucune compensation de temps ou d’argent. »



