
Voici un résumé du rapport de la Cour des comptes sur l’enseignement primaire, qui évoque — un peu — notre réalité, à nous, les 43 000 directrices et directeurs d’école.
Ce rapport préconise en effet la création d’un véritable statut pour notre fonction. À ce jour, le S2DÉ est le seul syndicat à ne pas s’y opposer.
Progressivement, avec la loi RILHAC, ses décrets d’application, les débats parlementaires et les différents rapports, la reconnaissance de notre métier — celui de diriger une école — s’impose comme une évidence.
Nous resterons cependant particulièrement vigilants quant aux contours de ce futur statut, lorsqu’il verra le jour.
Le rapport fait les constats suivants sur l’enseignement primaire en France :
- Le système éducatif est en situation d’échec et les inégalités s’aggravent. L’échec scolaire est une cause majeure d’inefficacité pour les systèmes éducatifs, ayant un coût élevé pour l’élève (perspectives d’emploi limitées) et pour la société (besoin d’une population active instruite).
- Malgré une augmentation constante de la dépense consacrée à l’école primaire ces 10 dernières années, le niveau des élèves a suivi une tendance inverse. Le déclin des performances scolaires, notamment par rapport aux pays voisins européens, s’accompagne d’une incapacité de la politique éducative à réduire les fortes disparités de niveau.
- Selon les évaluations internationales, la France est classée dernière des 21 pays de l’UE ayant participé à l’enquête TIMSS en mathématiques pour les élèves de CM1. En français (compréhension de l’écrit), la situation n’est guère plus satisfaisante : après une baisse continue depuis 2001, les performances ont stagné entre 2016 et 2021, et la France reste à l’antépénultième place des 18 pays de l’UE participants.
- Ces classements montrent également un « étiolement » de la part des très bons élèves, qui est largement en-deçà des moyennes européennes (par exemple, seulement 2,5 % des élèves français avaient un niveau « avancé » en mathématiques en 2023 selon TIMSS, contre 11,5 % en moyenne OCDE).
- La difficulté scolaire est fortement liée à la position sociale : 40 % des élèves les plus en difficulté aux évaluations nationales de 6e ont l’indice de positionnement social le plus bas. L’écart de performance en français entre filles et garçons est significativement plus élevé en France que dans le reste de l’Union européenne. Ces constats sont paradoxaux, car les élèves français passent en moyenne plus d’heures à apprendre les fondamentaux que dans d’autres pays européens.
- L’organisation est en décalage avec les besoins de l’enfant. L’éducation et l’accueil des jeunes enfants jouent un rôle majeur dans leur développement et leur apprentissage, surtout pour les enfants issus de milieux socio-économiques défavorisés. Cependant, la France dépense moins que les autres pays dans l’enseignement élémentaire (1,3 % du PIB contre 1,5 % en moyenne OCDE en 2020).
- La France fait face à des difficultés pour fidéliser les enseignants du 1er degré, ce qui pose un problème d’équité territoriale en raison de postes non pourvus dans certaines zones géographiques.
- L’organisation du temps scolaire n’apparaît pas prioritairement conçue en fonction des élèves, et n’est pas en cohérence avec la chronobiologie de l’enfant. Le rapport mentionne notamment le rôle néfaste de la semaine de 4 jours sur la vigilance et les performances des enfants les deux premiers jours de la semaine, annulant la réforme des rythmes scolaires de 2014.
- Une dépense mal évaluée qui ne cesse de croître. La dépense totale pour l’école primaire est estimée à 52 Md€ en 2022 (et 55,1 Md€ en 2023 selon les chiffres provisoires), ce qui représente 2 % du PIB français et 29 % de la dépense nationale d’éducation totale (180,1 Md€ en 2022). Les principaux financeurs sont l’État (20,1 Md€ en 2022, principalement pour les personnels et auxquels s’ajoutent 8,9 Md€ de pensions de retraite), les collectivités territoriales (19 Md€ en 2022), les ménages et acteurs privés (environ 3 Md€), et d’autres administrations (1 Md€ via allocations familiales).
- Ce chiffrage est une estimation et est vraisemblablement sous-estimé, car il est difficile d’isoler et de mesurer exactement les dépenses des collectivités et des ménages. Les analyses des juridictions financières ont révélé d’importantes disparités dans la dépense scolaire locale. Les collectivités ont investi 8,4 Md€ en 2022 dans les établissements scolaires publics, dont 3,6 Md€ pour les écoles primaires.
- Un système éducatif trop centralisé qui n’intègre pas suffisamment tous les acteurs. La continuité de l’action éducative devrait favoriser l’intégration de tous les acteurs (État, collectivités, familles, entreprises) pour être efficace.
- Le rôle des enseignants est mal encadré ; leur formation initiale et continue nécessite un renforcement, notamment pour intégrer le numérique et faire face aux évolutions rapides de la société.
- La gouvernance des écoles doit être améliorée. Les leviers d’action portent sur le rôle et le statut du directeur d’école. Le système actuel de décharge est obsolète et limite la capacité d’action du directeur. Créer un statut de directeur ou généraliser une décharge totale est nécessaire pour clarifier son positionnement, lui donner les leviers de pilotage et renforcer son rôle. Cette évolution doit s’accompagner d’un projet d’école tenant compte des spécificités locales et d’un dialogue structuré avec les autorités académiques, pouvant aller jusqu’à un contrat d’objectifs et de moyens.
- Il est essentiel de renforcer les liens entre l’éducation nationale et les autres acteurs, notamment les collectivités territoriales, pour mieux faire face aux enjeux de moyen et long termes (évolution du bâti scolaire, gestion des ressources humaines périscolaires, suivi du budget).
- De l’impérieuse nécessité de repenser le modèle actuel de l’école et d’intégrer les défis du futur. La diminution attendue des effectifs scolarisés doit être l’occasion de repenser le modèle de l’école pour que cette baisse devienne un levier d’amélioration au service du bien-être des élèves.
Trois défis majeurs doivent être relevés selon ce rapport
- Mettre le bien-être des élèves au centre en assurant la cohérence entre activités scolaires, périscolaires et extrascolaires, et en prenant en compte les besoins globaux de l’enfant.
- Tirer parti des outils numériques pour améliorer l’efficacité des enseignements, tout en tenant compte des capacités des enfants et en définissant des limites d’utilisation. Cela implique notamment de renforcer la coopération des acteurs, assurer l’acquisition des compétences numériques par les élèves, mettre le numérique au service de l’école inclusive, accompagner les enseignants, et développer des outils robustes et sécurisés.
- Intégrer la transition écologique, qui pose des questions de coordination et de financement pour l’adaptation des locaux scolaires, mais constitue aussi une perspective pour reconsidérer l’école comme un lieu de vie favorable au bien-être des élèves et un lieu d’éveil aux enjeux environnementaux.
L’enquête conclut qu’il est urgent de mettre en œuvre les recommandations des juridictions financières pour placer l’élève au centre des ambitions collectives.
Ces recommandations s’articulent autour de 3 axes complémentaires :
- Du recrutement et de la formation des enseignants et des usages pédagogiques :
- Proposer l’affectation par département après concours dans les académies en difficulté de recrutement et faciliter la mobilité géographique.
- Renforcer la formation initiale et continue des enseignants, notamment pour l’intégration du numérique.
- Assurer une progressivité de l’usage du numérique éducatif tenant compte du développement de l’enfant.
- Une gouvernance interne des écoles et du statut des directrices et directeurs d’écoles en engageant la réforme du statut de directeur d’école en généralisant progressivement la fonction de directeur à temps complet, en commençant par les écoles regroupées.
- Nécessité de mieux associer les collectivités territoriales à la politique éducative :
- Établir des conventions triennales entre élus et services de l’éducation nationale pour objectiver la politique éducative du territoire.
- Systématiser les regroupements pédagogiques ou d’écoles dans les territoires confrontés à la baisse des effectifs.
Le rapport in extenso
La synthèse de 17 pages
Le rapport en 120 pages
Illustration faite par une IA, mise en forme TP, Gonfaron, 20 mai 2025


