
Après la réponse à la première question de la semaine passée : Quels messages l’Inspection Générale veut-elle faire passer en priorité sur le pilotage pédagogique des directeurs d’école ?, voici les éléments de réponse à la seconde question :
Tu es un directeur gestionnaire, animateur ou stratège ? Dans quel profil te reconnais-tu ?
Dans l’article précédent, on a vu les messages clés du volet 2 du rapport : pilotage très inégal, rôle pédagogique désormais central, manque de moyens, besoin d’un nouveau cadre, place du directeur comme acteur du pilotage local.
L’IGESR va plus loin et propose une grille de lecture très parlante pour nous, directrices et directeurs : 3 profils saillants de direction, selon la manière d’exercer la fonction et de piloter l’école :
- les Gestionnaires
- les Animateurs
- et les Stratèges.
Spoiler : personne n’est “100 %” dans une case.
Mais cette typologie est un excellent outil pour se situer, comprendre ses forces… et voir vers quoi le rapport nous pousse à évoluer.
On propose aux adhérents de lire les 3 profils et de répondre au sondage qui sera proposé du jeudi 11 décembre au lundi 15 décembre afin de déterminer quel profil se détache (ou pas) des 1 861 adhérents du S2DÉ (chiffre au 6 décembre 2025).
1. Le directeur gestionnaire : faire tourner l’école, coûte que coûte
Ce qui le caractérise
Le profil Gestionnaire, c’est celui qui veille avant tout à ce que l’école fonctionne sans accroc :
• il gère l’administratif, la logistique, les emplois du temps, la sécurité ;
• il répond aux urgences, aux demandes des familles, de la mairie, de l’institution ;
• il s’appuie beaucoup sur des routines bien rodées, des documents, des “recettes” éprouvées.
Son implication dans le pédagogique reste en revanche limitée : il touche peu aux pratiques de classe, de peur d’être intrusif ou de “sortir de son rôle”.
À quoi ça ressemble au quotidien ?
Tu reconnais peut-être ce profil si :
• tes journées sont rythmées par les mails, les coups de fil, les signatures, les PAI, les travaux, les PPMS, les feuilles d’émargement, etc. ;
• tu organises les conseils, les réunions, les consignes de sécurité, la communication aux familles, mais tu vas peu sur le terrain des pratiques ;
• quand vous regardez les résultats des élèves, tu fais un constat global (ça va / ça va moins bien) sans aller très loin dans l’analyse ni en tirer un plan d’action concret.
Ce que ce profil apporte à l’école
• une école solide sur ses bases, globalement bien organisée ;
• un climat souvent apaisé, notamment grâce à un bon relationnel avec les familles et la mairie ;
• une capacité à encaisser les urgences et à éviter les crises.
Pour beaucoup d’équipes, c’est rassurant d’avoir un directeur ou une directrice qui “tient la boutique”.
… et ce qui manque
Le rapport est clair : dans ce profil, le pilotage pédagogique est très réduit.
• pas ou peu d’impulsion stratégique,
• peu d’accompagnement des pratiques,
• pas de vraie continuité d’équipe sur plusieurs années.
Le risque : l’école fonctionne… mais ne progresse pas vraiment sur le plan des apprentissages.
2. Le directeur animateur : fédérer, motiver… mais sans toujours piloter
Ce qui le caractérise
Le profil Animateur, c’est celui qui excelle à faire vivre une dynamique collective :
• il aime animer des groupes de travail, lancer des projets, créer du lien ;
• il favorise les échanges entre collègues, la mutualisation de ressources, les dispositifs variés (APC,
projets culturels, partenariats…) ;
• il installe souvent une ambiance de coopération dans l’équipe.
En revanche, cette animation ne débouche pas toujours sur un pilotage structuré avec des objectifs clairs et suivis.
À quoi ça ressemble au quotidien ?
Tu te rapproches de ce profil si :
• tu organises facilement des temps d’échanges de pratiques, des réunions collaboratives, des projets communs ;
• les collègues disent souvent : “On a une bonne équipe, on fait des choses ensemble, il y a une bonne ambiance” ;
• mais quand on regarde de près, les analyses restent assez superficielles et pas toujours reliées aux résultats des élèves (par exemple : on échange sur la lecture, sans se demander si les résultats progressent vraiment).
Ce que ce profil apporte à l’école
2• une cohésion d’équipe forte, une motivation réelle ;
• un climat de travail constructif, où l’on a envie d’essayer, de partager ;
• un collectif qui existe, ce qui est déjà un pas énorme dans le premier degré.
Par rapport au profil Gestionnaire, on est déjà dans une logique plus collaborative.
… et ce qui manque
Pour l’IGESR, le risque du profil Animateur, c’est que :
• l’animation ne s’accompagne pas d’une stratégie à moyen terme ;
• le pilotage reste flou, dépendant des bonnes volontés de chacun ;
• il n’y a ni plan d’action structuré, ni objectifs mesurés dans le temps.
En résumé : ça bouge, mais on ne sait pas toujours dans quel sens, ni si cela améliore réellement les apprentissages.
3. Le directeur stratège : une vision, des données, un plan
Ce qui le caractérise
Le profil Stratège, c’est celui vers lequel le rapport nous invite clairement à tendre.
Il se distingue par :
• une vision claire du pilotage pédagogique de l’école ;
• une organisation pensée sur le long terme : 3 ans, 5 ans ;
• un appui massif sur les données : évaluations nationales, diagnostics de classe, observations de terrain ;
• la construction d’un plan de pilotage progressif, avec des priorités, des étapes et un suivi dans la durée.
À quoi ça ressemble au quotidien ?
Tu te reconnais dans ce profil si :
• tu poses explicitement des priorités (par exemple : “lecture au cycle 2” et “résolution de problèmes au cycle 3” cette année) ;
• vous analysez les résultats des élèves en équipe, puis vous en tirez des décisions communes (rituels, progressions, pratiques à harmoniser) ;
• tu mets en place des outils de pilotage :
o grilles d’observation de classes,
o tableaux de suivi des résultats,
o progressions et protocoles communs,
o binômes d’observation, etc. ;
3• tu t’appuies sur l’IEN, les CPD, la mairie, les partenaires pour structurer un pilotage local cohérent.
Ce que ce profil apporte à l’école
• un pilotage lisible, cohérent, tourné vers la réussite des élèves ;
• une véritable continuité pédagogique d’un cycle à l’autre ;
• une école qui sait où elle va, pourquoi elle y va, et comment elle mesure ses progrès.
C’est exactement le type de leadership que le rapport cherche à promouvoir.
… et pourquoi ce profil reste encore minoritaire
Le rapport souligne que ce profil nécessite :
• du temps dégagé (décharges suffisantes, organisation du service) ;
• de la formation au pilotage, aux données, au leadership ;
• une légitimité reconnue (par l’équipe, l’institution, les partenaires).
Dans un cadre où les décharges sont encore souvent insuffisantes, où la culture du pilotage est jeune, il est logique que les “Stratèges” restent peu nombreux.
4. Se situer : entre Gestionnaire, Animateur et Stratège
L’IGESR le dit explicitement : la plupart des directeurs se situent entre Gestionnaire et Animateur, avec des traits des deux. Les Stratèges existent, mais le système ne leur donne pas encore massivement les moyens d’exercer pleinement ce rôle.
Plutôt que de se juger, on peut utiliser ces profils comme miroir professionnel.
Petit auto-diagnostic (informel)
Sur les 3 affirmations suivantes, laquelle te ressemble le plus aujourd’hui ?
1. “Mon obsession, c’est que l’école tourne.”
Je passe l’essentiel de mon temps sur l’organisation, la sécurité, l’administratif, le relationnel.
→ dominance Gestionnaire.
2. “Mon obsession, c’est que l’équipe vive bien.”
J’organise des temps d’échanges, des projets, je crée du lien, mais sans toujours aller jusqu’à un plan
d’action précis sur les apprentissages.
. → dominance Animateur.
3. “Mon obsession, c’est l’impact sur les élèves.”
Je cherche à relier les réunions, les projets, les outils à quelques priorités claires et suivies dans le temps.
→ dominance Stratège.
La plupart d’entre nous ont un mélange des trois. L’enjeu n’est pas de renier le Gestionnaire (indispensable) ni l’Animateur (précieux), mais de les compléter par une dimension Stratégique assumée.
Le message implicite du rapport : tendre vers le pilotage stratégique
En filigrane, l’IGESR envoie un message très net :
• le système fonctionne aujourd’hui grâce à des directeurs très investis, souvent sur-sollicités, qui tiennent l’école au quotidien ;
• mais il ne peut plus se contenter de directeurs uniquement Gestionnaires ou Animateurs ;
• le cap national, c’est de faire évoluer progressivement les directions vers une posture de pilotage stratégique, soutenue par un cadre plus clair (décharges, formation, référentiel, coopération avec les partenaires). Autrement dit, l’objectif n’est pas d’opposer les profils, mais de permettre à chacun de :
• garder ce qu’il fait déjà bien (organisation, climat d’équipe, projets),
• y ajouter une dimension “stratège” : vision, données, plan d’action, continuité.
Et pour toi, concrètement, quelle suite donner ?
Pour préparer le terrain des articles suivants, tu peux déjà :
• Te situer : où en es-tu aujourd’hui sur cette échelle Gestionnaire – Animateur – Stratège ?
• Identifier une zone de progression pour cette année, par exemple : “Je garde mon fonctionnement actuel, mais je rajoute UNE priorité pédagogique claire, travaillée et suivie avec l’équipe.”
• Ouvrir le sujet avec ton équipe : sans jargon, en partant d’une question simple : “Si on devait choisir 1 ou 2 priorités pour nos élèves cette année, ce serait quoi ?”
Les prochains articles sur les 15 questions viendront précisément outiller cette évolution :
• comment lever les freins structurels et psychologiques au pilotage (question 3) ;
• quelles recommandations du rapport sont immédiatement actionnables dans ton école (question 4) ;
• comment transformer tout cela en plan de pilotage à 1, 3 et 5 ans (question 5).
Article coécrit par Laurent Pamphile, referent45@s2de.fr, avec l’appui d’une IA
Mise en forme : Thierry PAJOT



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