
Pourquoi vous êtes des pilotes transformationnels… et pourquoi on en parle aujourd’hui ?
Depuis quelques années, un mot circule de plus en plus dans les formations, les rapports et les échanges professionnels : leadership.
Mais va savoir pourquoi, on parlera plutôt de Pilotage pour les écoles, comme si ce mot était à bannir. Un mot qui intrigue, parfois agace, souvent inquiète.
Beaucoup de directeurs se demandent : Pourquoi on nous parle de ça ? Qu’est-ce que cela change à mon quotidien ?
En réalité, si l’on parle aujourd’hui de leadership/Pilotage aux directeurs d’école, ce n’est pas pour leur demander de devenir autre chose. C’est pour leur permettre de mettre des mots sur ce qu’ils font déjà, souvent sans le savoir, et parfois sans reconnaissance.
Piloter une école aujourd’hui : une équation devenue plus complexe
Pendant longtemps, l’école a fonctionné sur une idée implicite : une addition de classes relativement autonomes. Aujourd’hui, on attend de l’école qu’elle soit cohérente, lisible, équitable, capable de faire progresser tous les élèves.
Or cette cohérence ne se décrète pas. Elle se construit, par petites touches, au fil de décisions ordinaires : un cadre posé, une règle expliquée, un choix assumé collectivement. C’est dans ce glissement que le rôle du directeur a changé de nature.
Transactionnel et transformationnel : deux leviers, un même métier
Le politologue James MacGregor Burns distingue 2 formes de leadership que les directeurs mobilisent quotidiennement, souvent sans les nommer.
1. Le pilotage transactionnel : le cadre qui sécurise
Le pilotage transactionnel concerne ce qui ne se discute pas : les obligations réglementaires, les règles communes, l’équité de traitement, la sécurité.
C’est le moment où le directeur affirme clairement : « Là, ce n’est pas une option. »
Ce pilotage s’exerce dans des situations très ordinaires : rappeler une obligation de service, appliquer une règle commune, maintenir une décision collective lorsqu’elle est remise en cause individuellement.
Sans ce pilotage, le collectif se fragilise. Mais à lui seul, il ne fait pas évoluer l’école.
2. Le pilotage transformationnel : là où le directeur fait grandir le collectif
Le pilotage transformationnel commence ailleurs. Là où le cadre ne suffit plus. Quand un directeur prend le temps d’expliquer le pourquoi d’un choix, quand il organise des échanges entre collègues pour comprendre ce qui fonctionne, quand il cherche à construire une position commune plutôt qu’à imposer une solution.
Cela peut prendre des formes très simples :
- une discussion en conseil des maîtres autour d’une difficulté partagée,
- une harmonisation progressive des pratiques,
- un accord sur des règles de vie,
- un positionnement commun face aux familles.
Rien de spectaculaire. Mais c’est là que l’école évolue réellement.
Pourquoi les directeurs sont transformationnels… sans le savoir
Parce qu’ils ont appris, par l’expérience, que faire appliquer ne suffit pas. Un directeur sait qu’une décision comprise sera plus durable qu’une décision imposée. Que l’adhésion se construit dans la cohérence, pas dans la pression. Que le changement passe souvent par des pas modestes, mais assumés collectivement.
Quand il écoute, reformule, temporise, explicite, il ne “perd pas du temps”. Il exerce un pilotage transformationnel, même s’il ne l’appelle pas ainsi.
Pourquoi on parle de leadership aux directeurs aujourd’hui
Parce que le métier réel ne correspond plus aux mots anciens. Beaucoup de directeurs ont le sentiment de passer trop de temps à expliquer, réguler, ajuster. Or ce temps-là est précisément celui du pilotage.
Mettre des mots sur le leadership transformationnel permet de dire clairement que ce travail invisible est central, légitime et nécessaire. Ce n’est pas une nouvelle injonction. C’est une reconnaissance tardive.
FINALEMENT, le directeur d’école est transactionnel lorsqu’il garantit le cadre et l’équité. Il est transformationnel lorsqu’il donne du sens, construit une vision commune et accompagne l’évolution des pratiques.
Il tient les deux, en permanence, dans des situations très ordinaires. Mettre des mots sur cela, ce n’est pas intellectualiser le métier. C’est lui rendre justice — enfin.
Du pilotage transformationnel au Projet 44* : donner une traduction concrète au leadership
Si cette réflexion sur le pilotage transactionnel et transformationnel résonne autant chez les directeurs d’école, c’est parce qu’elle entre en écho direct avec les travaux récents sur l’efficacité des écoles.
Le Projet 44 s’inscrit précisément dans cette continuité.
Burns donne le sens, Marzano donne les leviers
Là où Burns éclaire la nature du leadership exercé par les directeurs — un leadership fondé sur le sens, la transformation du collectif et l’élévation des pratiques —, les travaux de Robert Marzano permettent d’identifier où et comment ce leadership peut avoir un impact réel sur les apprentissages.
Le « 44 » ne sort pas de nulle part. Il renvoie à un constat étayé par la recherche : la différence entre les écoles les plus efficaces et les moins efficaces tient moins aux profils des élèves qu’à la qualité du pilotage pédagogique et collectif.
Autrement dit :
- Burns explique pourquoi le directeur agit sur le sens et la cohérence,
- Marzano montre où cette action est la plus efficace,
- le Projet 44 articule ces leviers dans un cadre lisible pour l’école.
Le Projet 44 : une traduction opérationnelle du pilotage transformationnel
Le Projet 44 ne demande pas aux directeurs d’adopter un nouveau rôle. Il leur propose un cadre de lecture et d’action pour structurer ce qu’ils font déjà : clarifier les priorités, harmoniser certaines pratiques, renforcer la coopération professionnelle, installer un climat scolaire favorable, piloter sans se substituer aux enseignants. Il s’agit bien d’un pilotage transformationnel incarné, et non d’une surcouche administrative.
Le lien avec les constats de l’IGESR
Les rapports récents de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche vont dans le même sens.
Ils soulignent que la réussite des élèves dépend fortement de la cohérence de l’action collective à l’échelle de l’école.
Sans employer le mot « leadership », l’IGESR décrit pourtant très clairement : un directeur pivot, garant du cadre, animateur de la réflexion pédagogique, facilitateur de la coopération, porteur de cohérence. Exactement ce que recouvre le pilotage transformationnel.
En conclusion
Parler de leadership transformationnel aux directeurs d’école n’est ni une mode, ni une injonction nouvelle.
C’est une manière de relier enfin le sens, la recherche et le terrain.
- Burns éclaire la posture.
- Marzano identifie les leviers.
- L’IGESR en confirme la nécessité.
- Le Projet 44 en propose une traduction concrète, progressive et réaliste.
Ce que les directeurs vivent au quotidien trouve ainsi des mots, une légitimité et une cohérence d’ensemble. Le pilotage transformationnel n’est pas une théorie à appliquer. C’est une réalité professionnelle à reconnaître et à structurer.
Et le Projet 44 n’est rien d’autre que cela : un cadre pour piloter sans renoncer à l’humain et transformer sans désorganiser l’école.
* bientôt disponible, Le Projet 44 est une démarche de pilotage d’école fondée sur la recherche qui aide les directeurs et leurs équipes à structurer une vision commune, harmoniser les pratiques et agir concrètement sur ce qui fait vraiment progresser les élèves, sans modèle clé en main ni injonction descendante.
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Article coécrit par Laurent Pamphile, avec l’appui d’une IA


