
Témoignage reçu le 7 mars 2025.
Extrait d’un des nombreux signalements reçus en copie fait envers un élève de CP, MDA (MDPH).
« L’élève dont le comportement a déjà été signalé s’est enfuit après quelques instants dans la classe malgré son protocole d’accueil individualisé, en hurlant, tapant des les meubles puis sur un élève se trouvant sur son son passage dans le couloir. Il jette du matériel au sol dans la pièce adjacente aménagée pour lui permettre une zone de répit. Un peu plus tard lorsqu’il parait plus calme je lui propose une activité : il me crie « non va t’en, gros cul ». Il frappe son AESH, déclare calmement qu’il veut frapper le maître, se dirige vers moi et me frappe à 2 reprises. Il s’enfuit ensuite dans le couloir, où il frappe encore une autre collègue. Un peu plus tard, il court en riant dans la classe tout en jetant des jouets dans la pièce adjacente. Je lui demande d’arrêter et en jette un sur moi en me disant « non grosse couille » puis s’enfuit dans la pièce voisine où il hurle. Il frappe dans les murs du couloir et y jette du matériel. S’ensuit d’autres épisodes de ce type toute la matinée. Au moment de travailler sur les évaluations nationales, il s’empare des cahiers, les jette au sol, tente de les déchirer, nous dit qu’on est « tous nuls ». D’une manière générale, même quand il n’est pas en crise, il est très compliqué de réussir à le garder en classe. »
Le collègue nous écrit.
« Malgré les réunions et les visites d’observation/conseil en réaction à la situation, elle reste la même, avec des crises de violence mettant en danger les personnels, les enfants, et l’élève déjà signalé lui-même.
La question de leur sécurité et celle des personnels n’est pas abordée lors de ces moments, seulement l’enfant handicapé.
Je me retrouve donc dans une impasse où mes pratiques professionnelles sont mises en question jusque devant les parents, accentuant de me déstabiliser et orientant la responsabilité des crises de violence sur mon travail en plus de les subir.
Je n’ai presque pas reçu de mot de soutien ni de remarque d’empathie suite aux violences que j’ai subi, et lorsque je les évoque on me dit d’aller courir dehors pour me défouler car la salle des maîtres est une zone sans stress, ou on me réclame toujours plus de travail ainsi que de justification de mes actions alors que je suis déjà à bout de force, parfois du jour pour le lendemain.
Le temps de l’élève a déjà été aménagé, son arrivée à l’école personnalisée, l’espace adapté (coin de repli dans et hors la classe), son travail adapté à ses envies, ses disponibilités et ses possibilités, des systèmes de valorisation mis en place avec visuels adaptés, de même pour les activités qu’il accepte rarement effectuer, mises en place avec visuels et renforçateur…
Mais on m’en demande toujours plus, en plus de gérer le reste de ma classe, voire on me demande une chose et son contraire d’une semaine à l’autre, d’un mois à l’autre (ménager les parents lors des communications, ou à l’inverse insister sur les violences pour qu’ils « comprennent », ou encore qu’on me « soutient » puis qu’on ne me « soutient plus », puis que l’ « on est une équipe » à nouveau …).
Je me sens désorienté, manipulé et culpabilisé et ce alors que je dois faire face et subir une violence quotidienne au travail.
Je ne me demande plus si, mais combien de fois je vais me faire frapper ou insulter au travail, et je suis en permanence au bord de la crise d’angoisse et dans un état de détresse permanant.
Il est extrêmement douloureux d’être obligé de voir mes collègues AESH subir des violences à répétition, et les conséquences sur leur moral.
Plusieurs personnes ont posé la question à voix haute de savoir si elles allaient tenir, et leur emploi du temps a été changé pour qu’elles n’accompagnent plus chacune l’enfant que par demie-matinée, car une matinée complète est trop violente « à encaisser ».
Mais je n’ai jamais entendu la question être posée me concernant, comme si je n’étais même pas un être humain et qu’il était normal que je me fasse insulter et frapper dans le cadre de l’exercice de mes fonctions.
Il m’a d’ailleurs été dit que je devais accepter les insultes car c’était parti du trouble de l’enfant inclus, ce que je fais, mais pas sans conséquences sur ma santé psychologique.
En conséquence, en plus des violences que je dois de facto accepter dans l’exercice de mes fonctions, je me sens remis en question, déstabilisé, méprisé, isolé, pointé du doigt, écrasé de travail à accomplir en plus de celui que je dois aux autres élèves de la classe dont il n’est jamais question et dont la sécurité physique et psychologique est purement et simplement ignorée lors des échanges, renforçant mon sentiment d’abattement.
Les conditions d’exercice de ma profession sont devenues une souffrance impossible à soutenir davantage et je crois être au bord de la rupture. »
Le collègue nous a donné également en copie son courrier de demande d’entretien envisageant sa démission.


