Un rapport d’information parlementaire est sorti le 18 juin 2025 ; il vise à évaluer l’impact de la politique de dédoublement des classes et des fermetures de classes dans le 1er degré.
Ce rapport souligne que le service public de l’éducation vise à lutter contre les inégalités sociales et territoriales.
Cependant, il constate que les dispositifs actuels, notamment la politique de dédoublement, ne répondent que partiellement à ces objectifs, en particulier en excluant largement la ruralité.
Les points clés du rapport
1. La politique de dédoublement des classes : coûteuse et peu efficace à long terme
- Objectif et mise en oeuvre : La politique de dédoublement des classes de grande section, CP et CE1 dans les Réseaux d’Éducation Prioritaire (REP) et REP+ a été mise en place progressivement entre 2017 et 2024. Son but était que 100 % des élèves maîtrisent les enseignements fondamentaux à la sortie de l’école primaire. L’objectif est de limiter les classes à environ 12 élèves.
- Coût élevé : La Cour des Comptes estime que cette politique a mobilisé 15 987 emplois (ETP) supplémentaires et généré un surcoût en dépenses de personnel de près de 800 millions d’euros par an. Ce chiffre n’inclut pas les coûts d’adaptation des locaux supportés par les collectivités territoriales, qui n’ont pas été chiffrés. Le coût total de la politique d’éducation prioritaire est passé de 1,4 milliard d’euros en 2016 à 2,6 milliards d’euros en 2023.
- Manque d’anticipation : La mise en œuvre a été mal anticipée, notamment concernant les locaux, conduisant à réutiliser des salles non prévues, à installer des cloisons, voire à regrouper deux classes dans une même salle. Cela a pu dégrader les conditions de travail des enseignants et d’apprentissage des élèves. Le dédoublement en grande section a aussi parfois surchargé les classes de petite et moyenne sections.
- Efficacité limitée : Bien qu’elle ait une efficacité à court terme sur la progression des élèves, notamment en mathématiques (réduction de 38% de l’écart de performances en REP+ par rapport aux élèves hors éducation prioritaire), cette efficacité n’est plus significative après le CP. Le retour à des classes ordinaires en CE2 peut s’avérer difficile pour les élèves, avec un risque de « sur-assistance » et un manque d’autonomie.
2. Les zones rurales oubliées et fragilisées
- Exclusion de la politique de dédoublement : La politique de dédoublement n’a presque pas bénéficié aux zones rurales. Le dispositif « Plus de maîtres que de classes« , qui incluait des classes rurales en difficulté, a été supprimé pour financer le dédoublement.
- Carte de l’éducation prioritaire obsolète : La carte de l’éducation prioritaire, révisée pour la dernière fois en 2015, « reflète mal les réalités socio-démographiques actuelles ». Elle est basée sur les caractéristiques des collèges, ce qui crée des « écoles orphelines » (environ 471 écoles dont 20 % en zone rurale) qui ont des difficultés socio-économiques équivalentes aux REP/REP+ mais ne bénéficient pas du classement. 99 % des collèges REP+ et 81,5 % des REP sont situés près des quartiers prioritaires de la politique de la ville, avec seulement 9 REP ruraux et aucun REP+ rural.
- Défavorisation des zones rurales éloignées : Les territoires ruraux isolés, notamment ceux éloignés des métropoles, présentent des indices de position sociale des élèves plus bas et des parcours scolaires moins favorables. La politique de dédoublement a rigidifié l’allocation des moyens humains, empêchant leur réallocation vers les territoires ruraux en difficulté.
- Fragilisation par les fermetures de classes : Les zones rurales sont déjà fragilisées par les fermetures de classes, alors que l’école est souvent le dernier service public d’un village. Ces fermetures entraînent une surcharge des classes restantes, la création de classes multi-niveaux avec de nombreux élèves, et un impact négatif sur la qualité de l’enseignement et le climat scolaire.
- Absence d’évaluation des fermetures : Le rapport s’alarme de l’absence d’études sur l’impact des fermetures de classes sur le taux d’encadrement, la transmission des savoirs fondamentaux, les résultats des élèves et le climat scolaire.
3. Recommandations
Le rapport propose 5 recommandations pour rééquilibrer l’allocation des moyens et mieux intégrer la ruralité dans la politique éducative :
- Recommandation n° 1 : Renforcer, dans le cadre de la formation continue, la formation des enseignants sur les spécificités de l’enseignement en classe dédoublée, en insistant sur la maîtrise des savoirs fondamentaux (lire, écrire, compter).
- Recommandation n° 2 : Réviser la carte de l’éducation prioritaire en passant à un système de labellisation des écoles fondé sur leurs caractéristiques sociales et économiques propres et en prenant en compte un indice d’éloignement.
- Recommandation n° 3 : Prévoir des mesures de sortie progressive des PE de l’éducation prioritaire, notamment la fixation d’une durée maximale d’enseignement de dix ans en REP et REP+.
- Recommandation n° 4 : Confier à la Direction de l’Évaluation, de la Prospective et de la Performance (DEPP) la réalisation d’une étude sur l’impact des fermetures de classes sur le taux d’encadrement, la transmission des savoirs fondamentaux, les résultats des élèves et le climat scolaire.
- Recommandation n° 5 : Instaurer un moratoire sur les fermetures de classes en attendant la révision de la carte scolaire de l’éducation prioritaire, puis, après cette révision, organiser les opérations de carte scolaire du premier degré selon un rythme triennal.
En conclusion, le rapport souligne l’urgence de rééquilibrer les moyens éducatifs en faveur de la ruralité, sans pour autant remettre en cause le soutien aux territoires urbains en difficulté, afin de lutter efficacement contre les inégalités sociales et territoriales en matière de réussite scolaire.
Voici le rapport in extenso



