Dans quelques mois se tiendra le procès de l’affaire Lisa où 2 directeurs d’école et désormais la PsyEN en charge de l’école de Lisa sont mis en examen.

Pour rappel, les 2 directeurs d’école sont suspendus depuis septembre 2023, plus de 2 ans déjà.

Source : https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/meurtre-de-lisa-trois-ans-a-conches-en-ouche-la-psychologue-scolaire-mise-en-examen-6718255

Suite à la lettre hebdomadaire du jeudi 30 octobre 2025, nous avons reçu de nombreux témoignages sur le déroulé d’une IP dans certaines écoles ou circonscriptions, l’Education n’étant pas, une fois de plus, Nationale…

Nous préparons un dossier avant de demander une entrevue au ministre sur ce thème. Si vous voulez aussi témoigner, une seule adresse : « 24heures6mois@s2de.fr« 

Quelques témoignages qui précisent le processus local d’une IP ou relatent des situations édifiantes…

Témoignage reçu le 30 octobre 2025 (IP envoyée à l’IEN)

« Je suis à Paris. Je décide de faire une IP. Je l’adresse à mon IEN et à l’académie en copie. »

Témoignage reçu le 30 octobre 2025 (Quand les services sociaux nous remercient de diriger la colère des parents contre nous…)

« Bonjour, Juste un témoignage d’une directrice avec 20 ans d’ancienneté. En formation des directeurs, nous avions eu l’intervention d’un représentant des services sociaux.

Son maître mot était : « Il faut que l’école prévienne les parents que l’IP a été faite par eux. Ainsi la colère des familles sera dirigée contre l’école et les services sociaux pourront ensuite mieux travailler avec les familles en se positionnant comme une aide bienvenue.« . 

Je n’exagère rien. C’est ainsi que la procédure nous a été présentée.  » Et si nous nous inquiétons, la police est là pour ça « .

Ensuite, à chaque fois que j’ai fait une IP, je n’ai eu aucun retour de la procédure lancée,  malgré ma demande.

Une fois, j’ai fait une IP un vendredi soir avant les vacances car la situation dégénérait et que je ne verrais plus l’enfant pendant 15 jours. Je me suis faite remontée vertement les bretelles car le vendredi soir, ça ne les arrangeait pas… 

Une autre fois, à la suite d’une IP, l’affaire a été classée tres vite. La situation a dégénéré et quand je les ai rappelés,  ils m’ont dit qu’il fallait que je refasse tout le dossier d’IP, qu’ils ne pouvaient pas reprendre le suivi en cours… 

Enfin, les IP les plus graves que j’ai pu faire n’ont été que peu prises en compte. C’est le moins qu’on puisse dire : un enfant de 8 ans forcé sexuellement par un autre plus âgé. La réponse qui m’est
revenue par l’assistante sociale a été : « On va classer, ce sont comme si les 2 enfants avaient joué au docteur…..« . Sidérant.

En espérant que mon témoignage puisse ajouter une petite pierre à votre synthèse. Merci pour ce que vous faites. »

Témoignage reçu le 1er novembre 2025 (Merci de ne pas faire d’IP le vendredi après-midi…)

 » Bonjour, je voulais juste vous témoigner d’une demande qu’a fait notre IEN lors d’une réunion de directeurs :

« Les transmissions d’éléments d’Inquiétude (ou IP) ne doivent pas être envoyées le vendredi après-midi, car elle aussi (l’IEN) a droit à ses weekends« . 

Comme si on choisissait le moment où on les envoyait ! Surtout que les révélations des enfants ont principalement lieu le vendredi, et encore d’avantage les veilles de vacances, quand ils savent qu’ils partent pour 2 jours ou plus chez eux ou chez le parent qui a la garde le weekend et le conjoint de celui-ci c’est souvent conflictuel… »

Témoignage reçu le 30 octobre 2025 (IEN, médecin informés et aide de la circonscription)

« Voici comment sont réalisées les IP dans ma circonscription, en tout cas pour mon école : la consigne de l’IEN est de signaler autant que de besoin. J’ai la chance de travailler avec une IEN proche de ses équipes. Je lui remonte toutes les situations délicates et nous en discutons. Je prends l’initiative de l’IP, mais à chaque fois, nous avons un échange de vive voix (sur une situation qu’elle connait donc déjà) au moment où je formalise. De la même façon, j’informe également le médecin scolaire par téléphone, et en cas de doute, elle me précise si je dois ou non informer la famille. Il est arrivé qu’un conseiller pédagogique vienne en soutien pour l’annonce à la famille. »

Témoignage reçu le 30 octobre 2025 (pas de retours des IP…)

« Bonjour, je vous écris aujourd’hui pour apporter mon témoignage quant au sujet délicat des IP.

Dans ma circonscription, on a un cadrage, le formulaire doit être envoyé à l’inspection qui transfère aux services concernés. 

C’est bien, cela me permet de dire aux familles « J’ai prévenu ma hiérarchie, qui transférera aux services concernés ». Cela me dédouane un peu… mais juste un peu. 

Cependant, on hésite. On prend conseil, on a possibilité de demander conseil à des personnels. Mais personne n’est d’accord. Chacun y va de son conseil. L’un dit « Il ne faut pas dire ça… mais plutôt ça…« , l’autre dit le contraire. On me demande de reformuler l’IP. C’est un truc de dingue. Quelle peut bien être l’importance de la formulation si le contenu est le même ? Le fait est qu’on a signalé, cela devrait suffire. 

On me contacte : « Avez-vous prévenu les parents ? Le papa ? » On me laisse entendre que cela arrange bien les services sociaux si je préviens avant. Mais c’est toujours pareil, pourquoi les personnels de première ligne ont-ils la partie la plus difficile dans le but d’alléger la tâche des suivants ?

Les collègues aussi ont des réactions différentes face aux IP. Certains ne veulent pas les faire quand il faudrait, d’autres voient le mal partout. Le directeur est responsable, il faut trancher. Qu’est-ce qui relève de l’IP ou non ? Ce n’est pas assez clair, pourtant cela engage notre responsabilité…

Je suis écœurée de tout ça, et me demande bien souvent à quoi ça sert, puisqu’on n’a pas de retour, ou alors c’est extrêmement long… Voici juste un petit témoignage. J’ai la chance de travailler dans un milieu un peu favorisé, alors même si j’ai aussi des IP et quelques cas à traiter, je crois qu’il y a bien pire ailleurs. »

Témoignage reçu le 31 octobre 2025 (Il faut un protocole national)

« Bonjour, en lisant votre lettre hebdomadaire et l’article consacré à Lisa, j’ai souhaité partager un témoignage personnel en écho à cette situation. Je suis profondément convaincue de la nécessité de mettre en place un protocole national clair, permettant de mieux protéger les personnels et les enfants face à certaines situations à risque.

En 2019, j’ai accueilli dans mon école une fratrie dont la situation s’est avérée extrêmement préoccupante. Lors de la prise de contact avec leur précédente école, j’ai appris que cette famille suscitait déjà de fortes inquiétudes. Sans preuve tangible, l’équipe enseignante soupçonnait le père d’enfermer sa femme et ses enfants pendant plusieurs semaines au domicile. L’école précédente évoquait également un incident survenu dans un autre établissement, sans en préciser la nature.

En tant que directrice et enseignante de ces enfants, je suis restée vigilante. Je n’ai toutefois rien constaté de manifeste : pas d’absentéisme, pas de traces de maltraitance. Le père était omniprésent, tandis que la mère, très effacée, évitait tout échange et fuyait le contact.

En fin de moyenne section, le plus jeune des enfants a commencé à présenter des comportements violents et à tenir des propos inquiétants, notamment le souhait de « poser une bombe dans la classe pour qu’il n’y ait plus de vie ». À la rentrée suivante, en grande section, il n’est pas revenu à l’école. J’ai contacté la famille qui m’a alors demandé un certificat de radiation, sans jamais m’indiquer le nom de la nouvelle école. Sur les conseils de mon IEN, je n’ai pas procédé à la radiation tant que nous ignorions leur nouvelle scolarisation.

Après les vacances de la Toussaint, le père s’est présenté à l’école avec un discours incohérent, affirmant qu’ils étaient finalement revenus. Peu après, l’un des frères est venu discrètement me dire qu’ils n’avaient jamais quitté le quartier et semblait très effrayé. J’ai immédiatement informé mon IEN.

Le plus jeune garçon, revenu en classe, s’est montré extrêmement violent, tant verbalement que physiquement, proférant des menaces de mort envers ma décharge et moi même. Il était également très violent physiquement envers ses camarades. Une EE a alors été organisée en présence des parents, de l’IEN et de la psyEN. Le lendemain, la famille avait disparu.

L’inspection et le rectorat m’ont alors conseillé de rédiger une IP. J’ai souhaité aller plus loin, en réalisant un signalement, compte tenu du danger évident pour les enfants et d’un possible risque de radicalisation. Ma hiérarchie m’en a dissuadée, arguant que je ne disposais d’aucune preuve, et qu’il ne fallait pas me laisser envahir par mes craintes. J’ai donc rédigé l’IP, qui a été signée par l’IEN et transmise par ses soins à la famille.

Quelques mois plus tard, le père est réapparu dans le quartier. J’ai eu très peur. J’ai alerté mon IEN qui m’a simplement répondu que je ne risquais rien, puisqu’elle avait signé le document. Pourtant, il était évident pour le père que j’étais à l’origine de l’IP, ayant eu tous ses enfants dans ma classe. Elle m’a seulement conseillé de ne plus me garer derrière l’école et, si la peur devenait trop forte, de participer au mouvement. Mes collègues m’ont alors encouragée à me mettre en arrêt maladie.

Le père a finalement quitté le quartier. Nous n’avons plus jamais revu la mère ni les enfants. Quelques jours plus tard, la police nationale est venue à l’école, sans prévenir, pour m’annoncer qu’il se passait quelque chose de très grave au sein de cette famille, sans m’en dire davantage. Les agents m’ont alors violemment reproché de ne pas avoir fait de signalement. Ils semblaient ignorer les procédures de l’Éducation nationale. Malgré mes explications, ils ont tenu des propos très agressifs, me reprochant ma peur, affirmant que « Nous faisions le même métier ». Cette scène m’a profondément choqué.

J’ai immédiatement informé mon IEN de cette visite et de mon incompréhension. Je souhaitais qu’elle se mette en lien avec la police, pour comprendre l’origine de leur intervention, savoir si elle faisait suite à notre IP ou à une autre alerte, afin qu’elle puisse éclaircir la raison de leur venue. Je souhaitais également qu’elle clarifie les protocoles de l’Éducation nationale et confirme que j’avais agi conformément aux directives de ma hiérarchie. Elle m’a alors indiqué qu’elle ne pouvait rien faire, estimant que ce n’était pas de sa compétence d’entrer en contact avec la police. Je me suis donc retrouvée totalement seule face à une situation dangereuse, tant pour cette fratrie que pour moi-même.

Depuis, je n’ai plus eu de nouvelles ni de la police ni de la famille, dont les enfants sont toujours inscrits administrativement sur les listes. J’ignore ce qu’ils sont devenus.

Cet épisode m’a profondément marqué. Je m’interroge encore sur le manque de réaction de ma hiérarchie, sur l’absence de suivi pour ces enfants, et sur les risques auxquels j’ai été exposée en suivant les consignes reçues. Depuis, il m’est difficile de rédiger une nouvelle IP : nous ne bénéficions d’aucun soutien psychologique et nous restons très seuls face à des situations potentiellement dangereuses.

Je tenais à témoigner de cette expérience pour souligner combien un protocole national clair et protecteur est indispensable, tant pour les personnels que pour les enfants concernés. »

Témoignage reçu le 1er novembre 2025 (au Rectorat, on n’aime pas recevoir des courriers de parents…)

Dans une ancienne école, peu d’information, chacun se dém…. la direction ne se sent pas concernée, jusqu’à ce qu’une infirmière scolaire formidable m’explique qui appeler, quand et quoi faire. Une fois « enfance en danger » prévenue, la rédaction est plutôt simple et les échanges constructifs.

Et puis changement d’infirmière, la nouvelle est très autoritaire, elle reçoit les enfants seule pour les entendre lorsque nous lui signalons les faits. Elle rédige ensuite des IP volontairement édulcorées (voire même avec des informations complètement erronées) et en PDF non modifiable pour que cela n’aille pas plus loin.

Pour un autre cas, une famille a eu l’info que j’étais le rédacteur, ils se sont faits aider d’un avocat … dépôt de plainte à mon encontre et tape sur les doigts de la hiérarchie car au rectorat « On n’aime pas recevoir des courriers des parents »!

Dans une autre école, c’est l’omerta. La direction  dit « Je vais le faire », puis planque tout ça sous le tapis. Lorsque j’ai eu des faits graves de violences intrafamiliales qui se sont produits pour l’un de mes élèves, il voulait impérativement appeler lui-même et semblait ne pas comprendre pourquoi je ne voulais pas le laisser rédiger (alors que tout simplement c’est moi qui avait recueilli les faits). Il m’a même dit « A toi ils ne te répondront pas! »

Très clairement partout où je suis passée, les enseignants ne savent pas comment faire et/ou ont la trouille de signaler et il n’y a pas vraiment de soutien de la hiérarchie…. »