Mise à jour du 7 février 2026 : un nouveau sénateur interroge le ministre officiellement.

Jeudi 29 janvier 2026, le ministre était déjà interpellé par 2 sénateurs sur nos conditions de travail. Il a 2 mois pour répondre…

Situation des directrices et directeurs d’école du premier degré

Question 7454 − 29 janvier 2026. − M. Christian BRUYEN (sénateur de la MARNE) interroge M. le ministre de l’éducation nationale sur la situation des directrices et directeurs d’école du premier degré de l’enseignement public, dont les conditions d’exercices se dégradent malgré lesdits engagements de l’État en faveur de l’école primaire.

Dans le cadre de la «Journée de la mule» initiée par le syndicat des directrices et directeurs d’école (S2DÉ), ces personnels ont décidé d’adresser un signal fort aux autorités publiques avec la métaphore de la mule, animal robuste sur lequel on empile des charges toujours plus lourdes, en étant convaincu de sa solidité.

Un exercice non dénué de danger, tant il atteint ses limites, que ce traitement institutionnel réservé aux directrices et directeurs d’école.

Sur le terrain, ce sont deux métiers simultanés qui sont exercés: celui d’enseignant devant des élèves et celui de chef d’établissement assumant la sécurité des personnes et des locaux, la gestion administrative et financière, les relations avec les familles, les collectivités et les services de l’État, le suivi de l’absentéisme scolaire, la coordination des personnels et des partenaires, ainsi que la mise en oeuvre de politiques publiques toujours plus nombreuses.

Ces tâches, indispensables au fonctionnement du service public de l’éducation nationale, sont très majoritairement accomplies hors du temps de classe, au détriment de la santé des personnels et de l’attractivité de la fonction. Gérer sur une même journée, l’enseignement, les urgences administratives, les relations avec les parents, les dysfonctionnements matériels, l’organisation de visites médicales, les échanges institutionnels et le suivi réglementaire des élèves, sans temps dédié suffisant pour exercer sereinement ses missions, est aujourd’hui devenu la norme.

Alors que l’école est régulièrement présentée comme une priorité nationale, il constate que les directrices et directeurs d’école demeurent sans véritable autorité hiérarchique clairement identifiée selon les missions, sans protection fonctionnelle adaptée et sans une juste compensation financière.

En conséquence, il lui demande quelles mesures concrètes le Gouvernement entend mettre en oeuvre pour instaurer un temps de décharge de direction mieux proportionné à la taille et aux spécificités des écoles. Il s’inquiète de l’augmentation des procédures internes aux établissements et suggère la mise en place de simplifications administratives effectives.

Conscient de ces situations de part sa double expérience, d’une part au sein du corps enseignant, d’autre part en tant que maire et président du conseil départemental, il s’interroge sur la reconnaissance de la fonction de direction d’école par une valorisation financière significative, pérenne et intégrée dans le calcul des droits à pension, seule à même de restaurer l’attractivité et la soutenabilité de cette fonction essentielle au service public d’éducation.

Moyens administratifs des directrices et directeurs d’école

Question 7480 − 29 janvier 2026. − M. David ROS (sénateur de l’ESSONNE) attire l’attention de M. le ministre de l’éducation nationale sur la situation préoccupante des directeurs et directrices d’école, confrontés à une surcharge de travail croissante et à un élargissement continu de leurs responsabilités administratives, juridiques et sécuritaires, sans que les moyens nécessaires à l’exercice de leurs missions ne soient réellement au rendez-vous.

La loi 2021-1716 du 21 décembre 2021 créant la fonction de directrice ou de directeur d’école, dite «loi Rilhac», a consacré la fonction de directeur ou directrice d’école et reconnu la spécificité de ses missions.

Les décrets d’application des 14 et 16 août 2023 ont, quant à eux, élargi l’autorité fonctionnelle des directeurs sur l’ensemble des personnes présentes dans l’école durant le temps scolaire et renforcé leurs responsabilités en matière de sécurité, de coordination des équipes, de pilotage pédagogique et de gestion de situations sensibles, notamment celles liées au harcèlement ou à la mise en danger des élèves.

Cette reconnaissance juridique s’est traduite, dans les faits, par un accroissement significatif des charges et des obligations pesant sur les directeurs et directrices d’école, sans compensation suffisante en termes de moyens humains, administratifs ou organisationnels.

Des directeurs et directrices d’école alertent ainsi sur une durée de travail largement supérieure au cadre réglementaire, résultant de l’accumulation continue des missions qui leur sont confiées.

Par ailleurs, l’insuffisance de personnels administratifs demeure un facteur aggravant majeur: selon un rapport du Sénat de 2024, 43 600 écoles maternelles, primaires ou élémentaires sont dépourvues de tout personnel administratif et reposent entièrement sur un directeur ou une directrice d’école exerçant seul la direction de l’établissement, contraint de se consacrer exclusivement aux tâches administratives du fait d’une décharge complète d’enseignement.

Cette situation oblige les directeurs et directrices à assumer seuls des tâches logistiques, organisationnelles et de gestion qui relèvent normalement d’autres fonctions.

À cela s’ajoutent des outils numériques souvent inadaptés ou obsolètes, contribuant à alourdir encore la charge de travail.

Dans ce contexte, l’écart entre les exigences croissantes de la fonction de direction d’école et les conditions concrètes de son exercice suscite un malaise profond et durable, susceptible de fragiliser le fonctionnement des écoles et d’éloigner les directeurs et directrices de leur coeur de mission, au détriment du pilotage pédagogique, de l’accompagnement des équipes et du suivi des élèves.

Dès lors, il souhaite savoir quelles mesures concrètes le Gouvernement entend mettre en oeuvre afin d’assurer une application effective et équilibrée de la loi Rilhac et de ses décrets, notamment en matière de renforcement effectif du soutien administratif dans les écoles, de reconnaissance du temps de travail réellement accompli et d’amélioration durable des conditions d’exercice des directeurs et directrices d’école, afin de garantir la pérennité et l’efficacité de cette fonction essentielle au bon fonctionnement de l’école de la République.

Sources : Journal Officiel du Sénat du 29 janvier 2026, mise en forme Thierry PAJOT.