Pilotage pédagogique, la suite

Après le second article sur les types de directeur ici et le premier ici sur les 15 questions que posent le rapport des Inspecteurs Généraux sur le pilotage pédagogique des directrices et directeurs d’école, voici un 3e article sur les strates du pilotage.

Pourquoi la bonne question n’est pas Qui suis-je ? mais Où dois-je agir ?

Beaucoup de collègues se sont reconnus dans les 3 figures souvent évoquées dans l’article précédent : le gestionnaire, l’animateur-coordonnateur et le pilote pédagogique.

Ces figures ont permis de mettre des mots sur le quotidien professionnel, parfois avec un certain soulagement : « Voilà, c’est donc ça que je fais. Voilà quel type de directeur je suis.« 

Mais très vite, une autre question surgit, plus insidieuse : Et alors… quel type de directeur devrais-je être ?

C’est précisément à ce moment-là que le raisonnement mérite d’être déplacé car un directeur n’est pas un “type”. Il n’est pas une identité professionnelle figée. Il est une réponse à un contexte, à un moment donné de la vie de l’école.

C’est ce déplacement que permet de penser le modèle des 3 strates du leadership, proposé par Robert Marzano.

Les 3 strates : non pas des profils, mais des niveaux d’action

Marzano ne décrit pas 3 catégories de directeurs. Il décrit 3 niveaux sur lesquels le leadership peut s’exercer, selon les besoins du système école.

Strate 1 – Le fonctionnement de l’école : le cadre

C’est le niveau de la stabilité. Règles claires, organisation lisible, climat sécurisant, gestion des urgences. Sans cette strate, rien ne tient. Lorsque l’école est fragilisée, la posture la plus utile du directeur se situe ici : sécuriser, structurer, rendre l’environnement prévisible.

Cela correspond souvent à une posture de gestionnaire ou de structurant, non pas par choix personnel, mais par nécessité professionnelle.

Strate 2 – Le fonctionnement des équipes : le collectif

À ce niveau, le leadership agit sur la coopération, la communication professionnelle, la confiance et le travail d’équipe. Le directeur crée les conditions pour que les adultes puissent travailler ensemble, se parler, se coordonner. C’est la posture d’animateur-coordonnateur, indispensable pour éviter l’isolement professionnel et la dispersion des énergies.

Strate 3 – Le cœur de l’enseignement : le pédagogique

C’est la strate la plus délicate. Le directeur n’enseigne pas à la place des enseignants. Mais il agit sur ce qui influence directement les apprentissages des élèves : la cohérence des pratiques, les priorités pédagogiques, la réduction de l’aléa, la lisibilité pour les élèves.

C’est ici que se situe le pilotage pédagogique au sens fort.

« On ne pilote pas pédagogiquement une école tant que les strates 1 et 2 ne sont pas suffisamment sécurisées. » Ce n’est ni un manque de volonté, ni un manque de compétence. C’est une loi de fonctionnement des systèmes humains.

La clé : la posture utile dépend de la strate prioritaire.

La question n’est donc pas : « Suis-je plutôt gestionnaire, animateur ou pilote ? »

La vraie question devient : « Quelle strate a aujourd’hui le plus besoin de mon action ? »

Une école en tension organisationnelle appelle un pilotage de strate 1. Une équipe fatiguée ou éclatée appelle un pilotage de strate 2. Une école stable et confiante peut alors accueillir un pilotage de strate 3.

Changer de posture sans changer de cap

Les directeurs les plus efficaces ne sont pas ceux qui incarnent une posture unique. Ce sont ceux qui savent changer de posture selon la strate à travailler, tout en gardant une intention claire.

C’est ce que Marzano décrit comme un pilotage efficace : non pas une identité rigide, mais une capacité d’ajustement.

Paradoxalement, plus ce pilotage est fin, moins il est visible. Quand il fonctionne, les équipes ont le sentiment que les choses vont de soi. C’est le signe que le cadre est intégré et que le collectif s’oriente naturellement.

Conclusion

La question « Quel type de directeur suis-je ? » est une fausse bonne question. Elle enferme dans une logique d’identité alors que le métier relève d’une logique de situation. Elle enferme parce qu’elle parle de moi. La bonne question ouvre parce qu’elle parle de l’école.

Se demander quel type de directeur on est, c’est se regarder. Se demander ce dont l’école a besoin, c’est piloter.

La question professionnelle mature est plutôt celle-ci :

À quelle strate dois-je porter mon énergie aujourd’hui pour faire progresser mon école ?

—————————————————————————————————

* Pour avancer à votre rythme, en équipe, rejoignez le groupe Facebook sur : « Le pilotage des écoles ».

——————————————————————————————————

Pour aller plus loin : se mettre en mouvement

Pour prolonger cette réflexion et l’ancrer dans le quotidien, ces questions peuvent servir de point d’appui, individuellement ou collectivement :

1. Quelle strate mobilise aujourd’hui le plus mon énergie… et est-ce bien celle qui en a le plus besoin dans mon école ?

2. Qu’est-ce qui est suffisamment sécurisé pour me permettre de déplacer ma posture vers une autre strate ?

3. Ce que je fais actuellement aide-t-il l’équipe à mieux se repérer collectivement ?

Ces questions n’appellent pas de réponses immédiates ni définitives. Elles invitent surtout à observer, ajuster et piloter dans la durée, au plus près du contexte de chaque école.

La suite : les freins au pilotage pédagogique des écoles

TArticle coécrit par Laurent Pamphile, referent45@s2de.fr, avec l’appui d’une IA, mise en forme de TP.