
Les « petites écoles » représentent une très grande majorité dans le paysage éducatif français. En effet, 45 % des écoles ont moins de 5 classes, 60 % en moins de 6 et 75 % moins de 8.
Les directrices et directeurs de ces écoles ont de plus en plus de travail :
- les exigences institutionnelles (comme les évaluations nationales et tout ce qui en découle… et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres !) sont grandissantes
- les relations avec les familles, dont la proximité est parfois un avantage, mais peut aussi compliquer les choses
- les enfants qui ne sont « plus comme il y a 20 ans » (élèves perturbateurs, inclusion, difficultés scolaires, syndrome de l’enfant roi…)
- les municipalités, qui ont de moins en moins de moyens et qui ont l’impression d’être agressées financièrement par les demandes de l’école…
Les directrices et directeurs de ces écoles n’ont vu progresser leur temps de décharge qu’à la marge : un directeur d’école de 3 classes « bénéficie » de 12 jours par an. Quelle opulence !
Quand on sait qu’une direction de 4 classes « profite » d’une décharge à 25 %, l’écart est considérable pour un travail quasi similaire.
Le temps de décharge constitue notre première revendication, car notre fonction est devenue un métier.
Un métier supplémentaire à celui d’enseignant de la classe ! Car oui, nous avons également une classe à gérer !
Alors certes, nous avons besoin d’un peu moins de temps qu’une direction de 14 classes (comparer n’est pas du tout le sujet de cet article ; nous savons très bien que la multiplication des collègues et des familles multiplie les exigences), mais les mails sont les mêmes, les demandes institutionnelles sont les mêmes (PPMS, mise en place des évaluations nationales, réunions…).
J’aime reprendre l’expression d’une collègue directrice qui a changé d’école : elle est passée d’une école de 3 classes à une école de 5 classes : « Avant, j’étais au fond de l’eau ; maintenant, j’y suis toujours, mais j’arrive à reprendre de l’air de temps en temps ! »
Au S2DÉ, nous revendiquons une augmentation des décharges pour tous ! Lors de nos rencontres avec les parlementaires, c’est ce que nous défendrons avec ferveur et détermination.
Nous combattrons les propositions de loi qui visent à dilapider le service éducatif dans chacune de nos communes françaises.
La dernière en date consiste à « regrouper des écoles pour avoir des RPI de 10 classes et plus, afin d’y installer une directrice ou un directeur totalement déchargé, avec un changement de corps et de statut ».
Les propositions de changement de corps pour ne plus avoir que des « directeurs chefs d’établissement » promettent, sous la forme d’un chantage organisé, des décharges complètes et des pouvoirs dignes d’un chef d’établissement du second degré.
Derrière ces propositions, tout n’est pas à « jeter à la poubelle », mais la réalité est tout autre !
Comment être efficace lorsqu’on a à gérer 3 ou 4 écoles distantes de plusieurs kilomètres ?
Comment, dans cette situation, répondre aux interrogations des parents lors des accueils ?
Comment gérer les différents moments de la journée et les difficultés rencontrées sur chaque site ?
Faut-il prévoir des directrices adjointes pour répondre au téléphone, ouvrir aux visiteurs, gérer les relations quotidiennes avec les mairies, ou encore régler rapidement les difficultés avec les parents afin d’éviter toute escalade ?
Et j’en passe…
Restons sérieux : cela paraît ingérable, ou alors avec un fonctionnement fortement dégradé.
Ces propositions ne visent qu’une seule chose : faire des économies sur le dos d’un service de direction d’école qui aspire justement à une augmentation de ses moyens !
Nous nous battrons au S2DÉ pour maintenir les directions d’école dans chaque « petite » école, car une école pilotée localement est une école qui a un repère, c’est une école « qui tourne ».
Prenons un exemple précis…
Comment va réagir Mme D., directrice d’une école de 2 classes, lorsqu’on va lui annoncer qu’elle ne sera plus directrice, mais qu’elle sera désormais gérée par la directrice du village situé à 5 kilomètres ou plus ? Que va-t-on faire d’elle ? Lui donner des points pour muter sur des postes de direction qui seront saturés ?
Comment devra-t-elle réagir face à un problème avec des parents qu’elle gérait encore 3 mois auparavant ? Va-t-elle devoir dire : « Non, ce n’est plus moi qui gère » ?
Cet exemple montre à lui seul le décalage entre ces propositions et la réalité du terrain.
Pourquoi ne pas proposer une évolution du régime pour toutes les directions, même les plus petites ?
Pourquoi ne pas valoriser l’énorme travail accompli chaque jour par les directrices et directeurs de petites structures ?
Ces propositions de loi, qui visent à fusionner et supprimer des postes de direction, sont un affront à tout ce travail accompli souvent tôt le matin, tard le soir, durant les week-ends et les vacances…
NON à la fusion des postes de direction !
OUI au maintien des postes dans chaque école !
L’école est un service public essentiel de proximité.
Gardons toutes nos écoles !
Gardons nos directrices et directeurs qui accomplissent chaque jour la prouesse d’enseigner et de piloter l’école !
Florent Baylot, 26 mai 2026



