Nous recevons régulièrement des témoignages de directrices ou directeurs qui nous racontent leur quotidien. Aujourd’hui, le témoignage de M.

“Je sais que nombre de directrices et directeurs s’en sortent dans leur fonction mais ô combien sont aussi en galère !

Cela fait 5 ans que je me suis retrouvée directrice. Directrice faisant fonction d’abord, directrice d’une école où l’équipe se tiraillait, directrice d’une école où les élèves se disputaient fortement quotidiennement, directrice prenant la place d’une directrice usée, menacée, agressée physiquement.

J’ai bien entendu, comme nombre d’entre nous, appris les spécificités de cette mission, sur le tas, quelques journées de formation arrivant bien tardivement dans l’année, entravées par un invité surprise : le COVID ! Celui-ci, outre la charge phénoménale de travail, me fit travailler bien tard dans la nuit chaque soir, ni mercredi, ni week-end !

Malgré tout, un IEN très présent et au maximum bienveillant, me permit de tenir et de me dire que je continuerai l’année suivante, une année qui serait plus normale.

Quand l’épisode COVID se mit en sommeil, je me dis que “Ouf, j’allais enfin vivre une année de direction beaucoup plus simple.” Que nenni ! Charge de travail toujours importante, toujours des imprévus des partenaires qu’il faut gérer quand ils arrivent, même sur temps de classe, toujours plus d’enquêtes, de demandes à rendre avant la veille, toujours plus de conventions paperasses à mettre en oeuvre pour la moindre sortie. 

Des changements d’école en cours d’année, une diminution d’effectifs, des craintes quant à l’an prochain, des élèves EBEP de plus en plus nombreux, une recrudescence de violences (parents comme élèves), une équipe qui s’essouffle, un manque de temps pour mener à bien les projets que nous essayons de maintenir. Il manque toujours un document, un tampon, une signature. Il faut toujours anticiper (d’un an parfois) pour avoir l’activité souhaitée (manque de places, délais administratifs…).

A quand une secrétaire pérenne, à quand des équipes de professionnels pour gérer comme dans le secondaire les à-côtés (social, éducatif….) ?

Comment peut-on à la fois gérer un conflit entre élèves (recevoir tous les enfants concernés de manière convenable, prendre des notes, définir et acter les sanctions pour chaque élève concerné, recevoir les parents) dans un délai correct en ayant la classe 3 jours dans la semaine, sans impacter le travail dû à nos élèves, sans impacter les réunions EBEP, les projets en cours, les surveillances effectuées, les ouvertures de portes pour les suivis des élèves ?

Comment être toujours en lien avec les partenaires essentiels cantine et garderie a minima, quand on court pour des photocopies, des informations à passer aux enseignants, un élève de notre classe auquel on souhaiterait parler….?

Et toute cette différenciation à mettre en place, différenciation de plus en plus nombreuse à mettre en oeuvre au vu des spécificités de nos élèves. Quand pouvons-nous prendre le temps de faire les choses bien ?

Je réitère, j’ai la chance d’avoir encore un IEN très bienveillant et présent en arrière plan qui me permet d’être encore sur le poste en ce moment.

N’y arrivant plus, je vais quitter la direction alors que je sens des choses se mettre en place. Je suis épuisée, fatiguée et ma santé commence à en être impactée.

PS : au vu des nouvelles communications de cette semaine de la part de notre ministre, je me demande en quoi une méthode unique pour tous va rattraper un niveau dans les écoles quand nous avons de plus en plus de gestion d’émotions, de comportements à mettre en place qui empiètent sur les apprentissages.

Cordialement, et encore merci pour toutes vos remontées.”

M.

Mise en forme de TP, Gonfaron, 9 décembre 2023