3 décennies dans l’Education nationale…

A mes débuts, j’avais un ou deux élèves dans la classe qui présentaient des troubles du comportement ou avec de grandes difficultés scolaires.

30 ans plus tard, la pédagogie différenciée prend tout son sens et toute notre énergie.

Aujourd’hui, j’enseigne dans un quartier défavorisé (familles non-francophones/mono-parentales/réfugiées…) qui n’est plus classé REP (ZUS, ZUP…) car le collège attenant est décisionnaire.

Dans ma classe de CM1-CM2, 4 inclusions ULIS 2 fois par jour voire journée entière en cas d’absence de l’enseignant (car on ne remplace pas les enseignants spécialisés…) : 2 sont autistes non-verbaux, 1 présente des troubles sévères du comportement et refuse la plupart du temps les travaux proposés (dans le meilleur des cas) ou perturbe le groupe en proférant des insanités et un quatrième a des troubles de l’attention et des apprentissages.

En outre, dans ma classe, une dizaine d’enfants ont un suivi à l’extérieur de l’école sur le temps scolaire (parfois hors temps scolaire) et 1 enfant bénéficie d’une prise en charge RASED, 45 minutes par semaine.

La présence de l’AESH ULIS est évidemment indispensable mais il y a d’autres enfants dans les classes voisines, qui ont également des besoins. L’AESH « mutualisée » est également présente dans ma classe deux demi-journées par semaine pour assister les élèves notifiés MDPH.

J’ai travaillé à l’étranger, dans une école privée hors contrat, avec des adultes « décrocheurs », dans plusieurs établissements en France… Le constat est le même partout malheureusement. Un niveau scolaire qui baisse, des moyens financiers qui disparaissent, des exigences qui s’effondrent, des parents qui menacent (plusieurs à mon effectif, dont une de mort…) ou qui exigent, une hiérarchie qui abandonne ses sujets (j’en ai fait les frais) et les fait culpabiliser à chaque animation pédagogique, une société qui dénigre la fonction.Quant au salaire …

Les enseignants sont souvent des héros invisibles du quotidien et pourtant.

Ce courrier n’est pas celui d’une professeure à bout de souffle ou qui a baissé les bras. NON !

La politique du constat, le manque de moyens humains et financiers, le manque de valorisation de l’effort (aussi bien des enfants que des adultes), la déconsidération croissante de la société pour ce métier que peu de jeunes souhaitent exercer, les réformes à répétitions (auxquelles les enseignants ne participent pas) l’avènement des réseaux sociaux et des jeux vidéos (si on en parlait…), l’exigence de bienveillance (comme si elle n’existait pas avant la « promotion » du terme) participent à l’épuisement des enseignants et de tous les personnels exerçant dans les écoles.

Alors, que fait-on ?

On continue à s’enfoncer, à se consumer à petit feu, à constater ?

Et si on repensait les bases ? Et si on redorer le blason de cette institution qui fit un temps la fierté de notre nation ?

Les enseignants doivent être au cœur du débat car eux seuls savent véritablement ce qu’est un Elève et ce qu’est Enseigner.

Arrêtons d' »envoyer » des enfants qui n’ont pas d’autonomie en lecture, compréhension, orthographe de base, calcul élémentaire… au collège dans des classes dites ordinaires, puis au lycée.

Je suis toujours abasourdie lorsque j’entends que le redoublement proposé par un enseignant qui travaille avec un enfant six heures par jour, ne serait pas « judicieux ». Paroles souvent proférées par un personnel qui n’a jamais vu l’enfant en question…

Je ne prétends pas pour autant que le redoublement (il paraît que l’on ne dit plus « maintien ») est la solution à tout mais reconsidérons-le au lieu d’estimer sont coût financier.

Beaucoup de points de suspension dans ce courrier. Ils correspondent à de l’incompréhension, de la sidération parfois, du dégoût aussi et pourtant… je réponds encore : présente !

Laëtitia, enseignante en classe dite « ordinaire ».     

Témoignage publiée avec l’autorisation de l’auteure

Illustration IA avec comme prompt le texte