Bonjour,

Tout d’abord un grand merci pour votre newsletter et vos informations qui mettent en avant la fonction particulière que nous avons en tant que directeurs et qui apporte de nouveaux points de vue et éclairages.

C’est d’ailleurs à la lecture de votre dernière lettre d’information du jeudi 6 juin que je viens de passer le pas et de prendre mon adhésion pour l’année 2024-2025. 

C’est notamment la partie “Les élèves d’ULIS, on les compte ?” qui m’a décidé. 

En effet, je suis directeur d’une école dans laquelle il y a un dispositif ULIS.

Fin mai, la coordonnatrice du dispositif et moi-même avons été “convoqués” pour un entretien par notre IEN. Elle nous annonce que la DASEN a décidé de passer l’effectif des ULIS à 13 élèves faisant fi de la circulaire de 2015… limitant à 12.

Capture d’écran circulaire de 2015

Quand on sait la charge de travail qu’un élève d’ULIS entraîne pour les coordinateurs – mais aussi pour les directeurs – entre la rédaction des PPS, des PPI, des Gevasco, les ESS, les relations avec les familles et les partenaires de soin, les emplois du temps individualisés, les concertations quotidiennes avec les enseignants des classes d’inclusion, le travail de concertation avec l’AESHCo … cette augmentation d’un élève est loin d’être anodine.

Ce n’est pas l’exonération des 36 h d’APC dans les 108 heures qui sont suffisantes pour le faire. Et ce n’est pas en enlevant certaines réunions aux coordonnateurs que cela améliorera la situation.

Car, si les coordonnateurs d’ULIS ne participent pas aux conseils, quand peuvent-ils échanger avec les collègues des classes d’inclusion ?

Et s’ils y participent, sur quelles heures peuvent-ils rencontrer des familles qui sont en grand besoin d’écoute et de conseils? et les SESSAD? et les autres partenaires de soin ? Sur leur temps personnel ?

Le fonctionnement d’une ULIS ne peut pas être pensé de façon comptable, comme du séquentiel avec un calcul du taux de remplissage par heure de cours. Le “sur-mesure” nécessite un seuil raisonnable dans l’effectif des élèves. Le coordonnateur se trouve aujourd’hui en surcharge trop importante face à une multitude d’informations et d’individualisations dans la prise en compte des besoins et la mise en œuvre au sein de l’école. 

Quand on sait que parmi les 12 élèves d’ULIS s’en trouvent 1/4 qui devraient être en IME mais qui n’y sont pas, notamment pour des raisons de places ou de notification erronée de la MDPH, ajouter un élève, c’est montrer que ce n’est pas très important si un enfant porteur de handicap n’a pas les meilleures conditions pour pouvoir apprendre et se développer.

Quand on sait toute l’attention que l’on doit porter auprès des collègues, des autres élèves et de certaines familles pour que l’inclusion de ces élèves à BEP se fasse dans les meilleures conditions, ajouter un nouvel enfant, c’est ajouter de fortes contraintes pour ces élèves, mais aussi pour tous les autres qui fréquentent l’école ; sans compter le risque de ras-le-bol des équipes.

Quand on sait que pour une école, la moyenne des élèves relevant d’un dispositif ULIS dépend du nombre de classes, ce n’est pas la même chose d’avoir un dispositif dans une école à 12 classes, que dans une école à un nombre inférieur de classes, voire très inférieur. Par exemple, une école de 6 classes, 12 élèves d’ULIS c’est une moyenne de 2 par classe. Mais c’est une moyenne… qui dépend de la classe d’âge des enfants. Dans mon école, l’an prochain, 2 classes auront d’ores et déjà chacune, 4 élèves du dispositif dans leur effectif et nous sommes encore dans l’attente de 2 notifications.

Et l’IEN nous indique que ces élèves ne devraient pas être comptés pour les calculs ! Merci de nous avoir relayé la question de la députée Chantal Jourdan et la réponse !

L’inclusion est une avancée essentielle de notre système éducatif. Elle porte des valeurs que nous sommes fiers de défendre. 

Mais ce n’est pas en faisant supporter aux élèves, à leurs familles et aux équipes les restrictions budgétaires que l’inclusion avancera.

Cette décision entraînera démotivation et dégoût des collègues et des équipes motivées. La situation quotidienne d’événements qui relèveraient de la catégorisation de « Faits Etablissement » entraînera une augmentation de nombreux incidents ou accidents tels que ceux subis quotidiennement aujourd’hui : élèves qui ne sont pas propres quotidiennement (énurésies, encoprésies, absence totale d’autonomie de certains élèves pour se déplacer, chûtes, morsures et coups envers d’autres élèves et des adultes, bref, des élèves sans pré-requis minimal d’élèves de petite section.)

Nous sommes souvent livrés à nous-mêmes sans que l’institution puisse réellement nous accompagner et trouver des solutions. Et la proposition qui arrive c’est de passer les ULIS à 13. C’est un très mauvais signal envoyé à toute la communauté éducative.

Nous sommes épuisés !

Témoignage publié en intégralité avec l’accord du directeur d’école.

Mise en forme, TP, Gonfaron, 12 juin 2024