“En avril 2023, j’ai réalisé une Information Préoccupante IP pour suspicion de violence à la maison de la part d’un beau-père sur la maman suite à une rédaction faite par un des enfants de cette dame.

A partir de là, les relations ont été très compliquées. La maman s’en est prise à 2 enseignantes qui réalisaient une classe verte, puis s’en est prise à moi par mail et via les réseaux sociaux, cherchant désespérément des parents mécontents.

En juin, on avait atteint le pire de la part de ce couple, tous les jours une nouvelle action de leur
part : prise de photos, vidéos, enregistrements sonores, menaces de me mettre dans le coffre d’une voiture et de me recouvrir de chaux, ajoutant qu’ « en tant qu’ancien militaire ayant fait l’Irak, il était plus fou qu’un gendarme ».

Ce sont ses mots.

Je vous passe beaucoup de détails de la vie quotidienne (exemples : n’a pas voulu payer une sortie scolaire, la finalement fait en pièces de centimes, paroles blessantes devant d’autres parents, radio- trottoir, courrier contre moi à l’inspection, à l’académie…).

Si je vous parle de ça, c’est pour que vous compreniez qu’on ne fait pas ce métier pour ça et qu’on n’a aucune raison de le supporter.

J’ai eu la chance d’avoir des collègues incroyables qui m’ont énormément soutenue. A l’époque, je ne le ressentais pas de la part de la hiérarchie.

J’avais peur. J’allais à l’école la boule au ventre, je me garais loin du portail du parking enseignants, je n’ouvrais pas mes fenêtres en arrivant malgré les 30°C du moment. J’avais peur lorsque j’étais au portail (tous les matins), j’avais peur en repartant le soir. Je prenais des chemins différents pour m’assurer de ne pas être suivie, je n’osais plus aller au cinéma (dans cette ville) ni au centre commercial, de peur de les croiser. Je regardais sans cesse autour de moi lorsque j’étais dans un lieu public. J’avais peur pour mes enfants alors qu’ils ne sont pas dans cette école.

J’ai décidé de ne pas me laisser faire. J’ai TOUT noté.

J’ai eu la chance d’avoir 2 mamans qui ont été à la gendarmerie pour relater ce qu’ils avaient fait, surtout les menaces de la part du beau-père. L’adjoint au Maire a également été témoin de violence à mon égard (ils ont été retenus par d’autres parents, alors que je présentais la chorale de mes élèves). J’ai fait des fiches SST, j’ai été suivi par le psy EN, j’ai contacté les syndicats, le CHSCT…

Et bien sûr, j’ai porté plainte.

La première plainte était pour diffamation à l’encontre de la maman, la 2ème, pour harcèlement de la part du beau-père.

J’ai obtenu la protection fonctionnelle (je l’ai demandée 3 fois avant de l’obtenir et j’ai eu 2h de RDV avec l’IEN pour me justifier des accusations qui m’étaient faites et qui ne tenaient pas la route).

On a fait une médiation le 7 juillet au soir, jour officiel des vacances scolaire, et bien sûr, ça n’a rien donné. L’académie a proposé à la famille de changer d’école (il y en a 3 dans la ville), ils ont refusé.

J’ai passé les premiers jours de juillet à me questionner sur le fait de changer d’école. Mes collègues m’en ont dissuadé. Chaque matin, je pensais à ça en me réveillant, appréhendant énormément la rentrée. J’ai suivi une évaluation psychiatrique.

Et puis, le 3 août, coup de fil de la mairie qui m’annonce que finalement, ils changent d’école. J’ai fait la radiation dans la foulée, mais je n’y croyais pas. Ce n’était pas concret pour moi.

Malgré tout, j’ai passé de meilleures vacances après ça. Et la rentrée s’est bien passée. Là, c’est devenu concret, j’étais plus rassurée mais j’ai, encore aujourd’hui, les mêmes réflexes : me garer loin, vérifier que je ne suis pas suivie.

Aucune nouvelle de la plainte pendant des mois. Monsieur envoyait encore des mails à l’inspection.

Le 10 juin de cette année, courrier dans la boîte aux lettres : le procès se tiendrait le 18 juin.

8 jours plus tard.

Coup de stress car je n’avais pas d’avocat. J’appelle l’ASL dès le lendemain. Ils mettront 6 jours pour m’annoncer qu’ils ne me représenteraient pas, car les faits datent d’avant mon adhésion (juillet). 

A la veille du procès, je n’avais donc pas d’avocat. Notre super syndicat S2DÉ m’a transmis dans l’urgence des numéros d’avocats. L’un d’eux a répondu à l’appel à 18h45 le 17 juin. Il m’a donné RDV le lendemain au tribunal, après avoir pris connaissance du dossier. J’ai dû avancer les frais (aujourd’hui, j’attends que l’administration me rembourse).

Je suis restée au tribunal de 13h40 à 20h45. Oui, c’est long… très long ! Et c’est impressionnant. Se retrouver nez à nez avec son harceleur n’est pas facile non plus. Je ne l’ai pas regardé une seule fois. Heureusement, je n’y ai pas été seule. Mon père et mon ex m’accompagnaient.

La plainte pour diffamation n’a pas été retenue, je n’en connais pas la raison. Celle pour harcèlement, oui, il n’y avait que le beau-père de présent.

Le juge a lu les faits relatés par les gendarmes puis a laissé la parole à cet homme, qui n’a pas reconnu les faits, qui a accusé les mamans témoins de menteuses et qui, pour se défendre (avec son avocate), a tout rejeté sur sa compagne.

Ensuite, c’est moi qui ai parlé. Je n’ai parlé que des faits qui le concernaient lui, et pas sa compagne. Et j’ai parlé de mon ressenti à cette période, de ce mal-être que j’avais vécu.

Mon avocat m’a bien défendue. On a attendu le verdict pendant de très longues heures car il fallait attendre que tous les procès de la journée aient lieu avant d’avoir un délibéré.

Son avocate demandait la relaxe, le procureur demandait du sursis, mon avocat demandait des dommages et intérêts.

20h40, enfin…

Il a été reconnu coupable, a pris 5 ans avec sursis en cas de non-respect de la loi (tout confondu) et n’a pas le droit de me parler pendant 1 an.

Soulagement… Je m’attendais à ce que ça s’arrête là.

Les juges se sont alors adressés à moi, ils m’ont dit que pour le préjudice subit, Monsieur devrait payer 2000 € de dommages moraux et 800 € de frais d’avocats.

A la sortie, son avocate a dit au mien que la somme était bien trop élevée. Ils ont 10 jours pour faire appel. Ça fait 9 jours aujourd’hui. Bien sûr, je ne sais pas s’il paiera. Auquel cas, je peux faire appel à un huissier.

Mais voilà, je tenais à vous faire ce témoignage pour que vous sachiez qu’on n’est pas seuls et que la justice nous soutient.

J’aimerais que cette histoire serve d’exemple dans la profession, pour que vous sachiez que c’est long, fatiguant, usant, même, mais que ça en vaut la peine.

Les gens qui nous agressent doivent être punis de leurs erreurs, pour que ça ne se reproduise plus.

Des enseignants ont été lâchement tués ces dernières années. On ne doit pas se taire face à ce genre de situation, on ne doit pas attendre que ça passe. On doit agir.

Merci à tous de m’avoir lue, espérant que ça puisse servir.”