
Depuis la création de notre syndicat en 2021, nous sommes confrontés régulièrement à des remontées de collègues sur des élèves violents présents dans leurs écoles et surtout le manque de réponses à apporter.
Les IENs compatissent souvent avec nous mais sont, eux aussi, souvent démunis.
Nous allons donc interpeller le ministère pour trouver des réponses nationales et des protocoles plus rapides pour gérer ces élèves qui, dès la maternelle, perturbent et font vivre aux élèves de leur classe et de leur école, aux équipes… des moments d’enfer parfois quotidiens…
Nous n’associons pas « élèves violents = élèves reconnus en situation de handicap » car il n’y a pas de généralisation à faire mais l’absence de places dans les établissements spécialisés pour les élèves notifiés est criante avec des listes d’attente qui s’allongent d’année en année. L’inclusion à tout prix depuis 2005 est à défendre mais sans aucun moyen elle occasionne beaucoup de souffrance et ce n’est pas la Rue de Grenelle et ses bureaux feutrés qui la vit, c’est nous. Tous les jours.
La généralisation d’établissements scolaires avec la présence d’une équipe d’éducateurs formés à gérer ces comportements de + en + fréquents est sans doute une première forme de réponse. Cette coopération entre le médico-social et l’école est en gestation mais avec quels moyens en ces temps de budget constant….
Certes des organisations sont donc peu à peu mises en place mais beaucoup trop rarement comme les SESSAD École qui regroupent plusieurs dispositifs d’accompagnement pour enfants notifiés au sein d’une école afin d’optimiser les réponses scolaires et réponses médico-sociales.
Ou les ESMS (Etablissement et Service Médico-Social) qui visent prioritairement à ce que les enfants en situation de handicap soient scolarisés en milieu ordinaire, et par définition dans leur établissement de référence.
Mais dans l’immense majorité des cas, les équipes sont seules... malgré les PsyEN, les IENs de circo ou ASH, les PAS (30 élèves semblent après les premiers mois de fonctionnement un maximum de prise en charge correcte par PAS), les PIAL, les EMAS…
« Sur le PIAL que je coordonne, nous accueillons en tout 5 enfants avec ce même profil de violence, les AESH s’arrêtent, les enseignants craquent malgré le soutien que nous recevons et les aménagements mis en place ! Ils sont ciblés ITEP ou IME mais il n’y a plus de place et sont inscrits sur des longues listes d’attente ! Les familles qui font alliance avec nous sont aussi épuisées…. »
Voici quelques témoignages et Faits Etablissement reçus anonymement dernièrement :
Témoignage reçu le lundi 10 mars 2025 à 18h38 : « Je me permet de vous écrire, je suis maîtresse dans un petit village, car depuis la rentrée scolaire, j ai un élève dans ma classe qui perturbe les enseignements et qui met en danger la sécurité de tous les élèves ainsi que la sienne. Ceci depuis la PS mais rien n’a été fait auparavant.
J’ai fait des EE, mis en place un Gevasco, je rencontre sur mon temps personnel les intervenants qui s’occupent de cet enfant, psychomotricienne, psychologue, cmpea, edai… j’ai également mis en place tout un dispositif, lieu réservé à cet enfant dans la classe, aménagement du travail, objets transitionnels, planning aménagé …
Rien ne change …
Cet enfant n est pas encore notifié et du coup la réponse de ma hiérarchie est « je n ai pas de baguette magique », « nous comprendrions que vous vous mettiez en arrêt… ».
Est-ce la solution vraiment ? Et de surcroît a pensé que c’était moi le problème en m’envoyant une conseillère pédagogique pour m’observer … laquelle ne m adresse même plus la parole et n’est plus en charge du dossier.
Sauf que cet enfant continue, tape, blesse violemment d’autres enfants, insulte les adultes, nous a tapé par le passé’, menace que son père va venir nous frapper.
Les parents ont été diffamatoires à notre encontre, le corps enseignant, menaçants…( ça s est calmé depuis… mais bon jusqu’à quand ?)
Nous parlons d’un enfant de 4 ans qui encore ce jour a fait saigner un autre enfant violemment, qui a failli, parce qu’il a lancé un ciseau dans la tête d’un autre, lui crever un œil, qui fait tomber les petits et qui leur roule sur la tête avec un vélo , etc….
La violence physique et verbale est constante, mon atsem et moi même démunies face au comportement de notre hiérarchie.
Nous nous sentons seules et démunies.
Autant vous dire que les enseignements dans un contexte pareil est très compliqué, voire impossible .
Je jete une bouteille d eau à la mer sachant que je ne suis malheureusement pas la seule …
Je vous remercie de bien prendre en compte mon témoignage ».
Témoignage reçu le 2 février à 17h29 : « Je suis en classe unique au sein d’un RPI avec mes CM, et une AESH mais à temps partiel.
Depuis qu’il est en CP, il est aujourd’hui en CM2 avec moi, nous alertons sa famille sur ses problèmes de comportement notamment sa gestion des émotions. Il a aussi un trouble de l’écriture (il n’écrit presque pas) et la famille refuse toute aide extérieure : pas d’orthophoniste, pas de CMP, pas d’ergothérapeute. Rien !
Il est très arrogant, me tient tête au quotidien, conteste toutes mes décisions, tous mes gestes professionnels (il n’est jamais d’accord avec les notes que je lui mets), m’insulte (la plus conne des maîtresses, trou du cul, mongole…) et insulte, frappe, provoque ses camarades en permanence.
J’ai déjà fait une IP, et une bonne dizaine de FE depuis le mois de septembre 2024. J’ai fait appel à l’EMAS : un éducateur spécialisé et une psychologue sont venus l’observer en classe deux fois, et m’ont ensuite donné des outils pour gérer au mieux ses crises et surtout les prévenir.
J’ai également prévenu mon IEN qui me soutient. Lors de la dernière ESS nous étions 9 autour de la table : moi, l’enseignant référent, la psychologue scolaire, l’éducateur spécialisé, l’infirmière scolaire, l’IEN, une conseillère pédagogique, l’AESH et la mère.
Cette ESS a fait office de défouloir pour la mère qui m’a chargé.
Je n’ai pas réussi à parler, trop peur de pleurer devant elle. L’IEN m’a défendue, mon AESH aussi car elle peut témoigner de ce que je vis au quotidien.
Etant en classe unique, je n’ai pas la possibilité d’envoyer cet élève chez mes collègues une heure afin de souffler, donc je dois le supporter 6h par jour depuis un an et demi.
En décembre dernier, j’ai craqué et failli ne plus revenir à l’école. Les vacances de Noël m’ont fait du bien, j’ai pris du recul et j’essaie de faire en sorte de ne pas déclencher de crise en ignorant toutes ses paroles blessantes. J’ai demandé aux autres élèves d’en faire autant, mais ce sont des enfants et ils font ce qu’ils peuvent.
Merci de m’avoir lue, et j’espère que ce témoignage parmi tant d’autres fera réfléchir les gens haut placés derrière leur bureau. »
Témoignage reçu le 31 janvier à 9h19 : « Mon témoignage concerne l’accueil d’une fillette de 8 ans dans une classe de CE1 dédoublée ( 11 élèves cette année dans la classe).
L’élève a fait toute sa scolarité dans le groupe scolaire depuis la maternelle ; elle est connue pour son tempérament » de feu » et une intolérance à la frustration se manifestant par des crises de plus en plus violentes et dérangeante pour la classe.
Depuis la fin du CP, les crises sont presque quotidiennes se manifestant par des cris, des coups, des comportements provocateurs de destruction de matériel, et plus récemment des coups envers la maîtresse, des tentatives de morsures…
Pôle ressource, EMPR, psychologue des écoles, IEN… tous sont au courant de la situation ; le CMP a re-pris en charge la fillette sur nos conseils vers la fin du CP (un diagnostic TSA vient de tomber).
Après plusieurs EE, rendez-vous, rencontres, mises en place de protocoles de gestion de crise, mise en place d’aménagement divers et variés et avoir tiré le SIGNAL D’ALERTE depuis plus 9 mois la maîtresse est en arrêt (et non remplacée) se sentant impuissante dans la gestion de cet élève et l’ensemble de l’école impactée par la non considération du monde médical face aux énormes difficultés que rencontre l’école. »
« Mon quotidien depuis des années… J’en peux plus, car il faut alerter tout le monde à chaque fois avant d’avoir une réduction de temps scolaire » Isa.
Témoignage reçu le 30 janvier à 19h46 : « J’enseigne en CM2. J’ai un élève qui depuis septembre se comporte de plus en plus mal. Il est en colère et ne respecte pas les règles de vie de la classe et de l’école.
Il est arrivé dans notre école mi CP, venant d’une autre école de notre circonscription, et avant il venait d’un autre département où il avait été soigné dans un hôpital de Jour…
CP : tentative de s’échapper de l’école et GEVASCO fait mais non utilisé par la famille…
CE1 : vols dans la classe et quelques problèmes
CE2 : crises d’autorités et tentative de l’équipe enseignante de monter un dossier MDPH avec la mère
CM1 : crises d’autorités et IP
CM2 : cela empire dès le premier jour de classe car il tape un élève dans la cour.
Pas de suivi médical à part des séances au CMP pour de l’orthophonie. Scolairement, il ne veut plus travailler et il y a eu peu d’avancées dans les apprentissages.
Donc pour cette année scolaire : il veut s’enfuir de l’école, il a fait tomber une AESH dans le cour de récréation (plainte de celle-ci avec des jours d’ITT), problème dans la cour avec 2 enseignantes dont une griffée et, pour l’autre, il lui a tiré les cheveux, il a menacé, à l’aide d’une grosse pierre, 2 autres enseignantes qui comptaient l’arrêter car il s’enfuyait. Les collègues ont porté plainte et les fiches faites…
Il est difficilement gérable en classe car il veut faire ce qu’il veut. »
Témoignage reçu le 30 janvier à 15h45 : « Je suis Professeur des Ecoles Stagiaire.
Je suis confrontée depuis ma prise de fonction a de la violence dans ma classe de MS de la part d’un petit garçon en situation de handicap, qui frappe tous les jours ses camarades, les étrangle ; il a été violent avec moi en me donnant des coups de pieds lors de la fin d’un atelier. J’ai prévenu, personne n’a bougé. Il a une AESH, c’est le maximum m’a t’on dit.
J’ai un deuxième enfant violent qui griffe, crache, frappe. Après avoir griffé une petite fille, alors que je le réprimandais il m’a donné, coups de pieds, gifle dans la classe alors que j’étais seule avec mes 24 élèves qui ont tout vu.
On m’a dit que l’enfant était en souffrance. Il a refait la même chose le lendemain à une collègue en lui crachant dessus. Puis, ensuite, à la directrice qui a du le plaquer face contre terre, on est loin des pratiques d’un enseignement.
Il continue de faire des crises en classe, de hurler, de mettre les chaises par terre, de tout arracher ; les autres élèves suivent, font la même chose, la violence s’est répandue.
« Tout le monde trouve normal que des enfants de 4 ans frappent… »
En sport, il met le bazar et quand je le mets de côté, il essaie encore et toujours de frapper.
Je suis stagiaire, c’est ma première année en reconversion, tout le monde me laisse gérer seule. Aucun soutien de mes collègues, IEN, directrice, tuteurs… Tout le monde trouve normal que des enfants de 4 ans frappent… Et de mon côté je ne prends aucun plaisir à enseigner, je ne sais pas si je vais continuer. Je suis écœurée de ce métier. »
Vous pouvez faire remonter vos témoignages y compris anonymes à 24heures6mois@s2de.fr pour étayer notre dossier à remettre à Mme BORNE.
*citation de Oclair @h821900 sur X


