Préambule de Florent BAYLOT, Secrétaire National Adjoint en charge des écoles de 1 à 3 classes

En tant que représentant (entre autres) des petites écoles au sein de notre syndicat, j’aimerais mettre l’accent cette année sur le manque de moyens accordés aux directions de 1, 2 ou 3 classes.

Ces directrices et directeurs sont en souffrance car ils ont une classe à gérer à 100 % et seulement 12 jours de décharge annuels. Je ne trouve pas cela constructif d’accorder si peu de temps de décharge à des directions d’école alors que les charges administratives sont de plus en plus lourdes et que la gestion d’une école prend de plus en plus de temps (parents, collègues, pilotage…) et d’énergie, je voulais vous relater le témoignage brut d’une collègue adhérente dans notre syndicat.

Son témoignage va parler à beaucoup d’entre nous, on peut facilement s’identifier à sa détresse. Les directeurs et directrices d’écoles de 1, 2 ou 3 classes doivent absolument avoir plus de décharges, cela est vital, pour l’école, pour les enfants, mais aussi pour chaque homme, femme, qui tiennent à bout de bras leur établissement et leur classe.

Je tiens à la remercier (elle se reconnaîtra) d’avoir pris le temps de relater son quotidien en ce début d’année scolaire.

Florent BAYLOT

Témoignage

Je m’appelle Mme xxx, je suis directrice depuis plus de 20 ans. Nous sommes le 28 septembre 2024. Je suis directrice de 3 classes depuis quelques années, en école maternelle.

Je suis actuellement en QPV et cité éducative, profil REP+ non reconnu, donc avec toutes les difficultés et sans les moyens.

Comment « piloter » (c’est le nouveau mot qui nous est dédié) sereinement avec seulement 12 jours de décharge par an ?

Je n’ai obtenu mon planning des 12 jours, en le réclamant, qu’à la troisième semaine d’école, et le planning n’est pas approprié : des périodes avec 4 jours de décharge, d’autres avec 1 ou 2 jours, le dernier jour début juin, alors qu’il reste un mois avant la fin de l’année et les admissions PS et toutes les réunions et RDV de fin d’année…

J’ai réclamé un jour avant fin septembre, mais aucune réponse de la circonscription…

L’école élémentaire d’à côté, qui a 6 classes, a 3 enseignants remplaçants rattachés. Mon école n’en a aucun. Ces enseignants remplaçants sont restés minimum une semaine dans l’école de rattachement, et rien pour moi…

En maternelle, classes chargées et difficiles, ces renforts enseignants auraient été les bienvenus…

Ce serait bien de rattacher aussi le personnel dans les petites écoles.

Vu le peu de considération, j’ai décidé de prioriser et faire au plus urgent, mais je n’y arrive pas, je gère tout au jour le jour, car je ne peux rien planifier, avec chaque jour son lot d’urgences…

Ma priorité est la communication avec les familles et le bien être des élèves.

Je réponds en temps et en heure aux injonctions administratives et demandes importantes (je ne cite que ce mois de septembre, sans – je le rappelle – de décharge accordée) :

– EDT des ATSEM, gestion de leur absence non remplacée

– ONDE à mettre à jour

– réunions de rentrée

– registre des élèves inscrits à mettre à jour

– les demandes incessantes de la mairie : plan école à mettre à jour, listes élèves à mettre à jour et envoyer, faire remonter les dernières commandes de rentrée…

– enquêtes de rentrée

– mises à jour PPMS

– PAI, planning ESS

– Elèves à signaler pour le RASED

– Demande aménagements du temps de scolarisation des PS

– listes pour PMI et médecine scolaire

-RDV avec infirmière scolaire et psychologue scolaire, pour faire le point des EBEP

– les évaluations académiques

– Le diagnostic sûreté à faire avant la mi octobre ? Ben tant pis, pas le temps, on verra plus tard. Car marre des RDV hors temps scolaire. Idem pour le registre sécurité, ça attendra mes décharges

– 1er exercice d’évacuation

– dates des conseils de maîtres et de cycles à renvoyer en circonscription

– 6h de solidarité à faire avant décembre et dates à donner en circo

– les élections à organiser

– évaluation d’école avec aucune heure « offerte » pour préparer l’auto évaluation

– Le CRF de l’OCCE (je suis en plus mandataire)

et j’en oublie….Et ça, que pour le premier mois, sans décharge, ah si, un jour fin septembre et un jour début octobre…. Oh joie !

Et la classe ? 

Ben on la prépare, on enseigne, et on gère les coups de téléphone intempestifs avec nos élèves à côté, on est dérangés par les retardataires, les livraisons, les appels parents, appels circo…

On a la direction à temps plein et la classe à temps plein, ça fait beaucoup…

On fait le même boulot que les directeurs déchargés totalement, certes à moindre échelle, mais avec les mêmes équipes éducatives en urgence, et la même paperasse de rentrée à faire en dehors de la classe, on n’a pas le même niveau de stress quand on doit gérer en plus une classe toute la journée. Et à 16h30, le cartable n’est pas fermé, trop de choses à faire.

Quand on n’a pas de décharge, je considère que 12 jours placés aléatoirement et pas de façon proportionnée dans l’année ni en fonction des besoins (en début et fin d’année, c’est là que j’en ai le moins : 1 jour fin septembre et un jour début juin…) c’est comme si on n’avait rien.

C’est déjà arrivé que la circo me retire un jour pour besoin de remplacement du service (certes, ce jour a été récupéré, mais ça montre bien comment on est traité….) Cela n’arrive jamais à ceux qui ont des décharges chaque semaine.

Voilà mon quotidien, je trouve cela honteux et maltraitant, car avec 3 classes on a une charge de travail énorme. Et surtout, quand il y a des ZIL dispos, on ne nous les attribue pas… Même si on demande…

Je trouverais logique d’accorder 1/4 de décharge aux 3 classes et 24 jours aux 2 classes.

Mme xxx, adhérente, en souffrance son travail au quotidien.